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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 15:14

 

La Curée est un roman d’Émile Zola paru en 1871. Deuxième volume de la série Les Rougon-Macquart (qui en comprend 20), il a pour thème la vie débauchée dans le Paris du Second Empire alors que la ville est en pleine mutation.

 

CHAPITRE I

 

Le roman débute au Bois de Boulogne par une soirée d'automne. Renée et Maxime se promènent en voiture. Les deux amis observent leur environnement et ceux qui s'y promènent, essentiellement des nobles et des gens de la haute société de leur connaissance. Maxime est le fils issu du premier mariage du mari de Renée, Aristide Saccard. Renée se montre désabusée, très critique à l'égard de son mode de vie luxueux dans lequel rien ne lui est impossible : elle a tout ce qu'elle veut. Cependant, elle se sent malheureuse. Maxime lui dit qu'elle ne peut se plaindre.

Renée rentre chez elle : elle habite un magnifique hôtel particulier parisien dans le parc Monceau. En voyant tout le luxe qui l'entoure, elle se promet d'adopter un mode de vie plus raisonnable, moins onéreux. Le soir même, une grande réception est organisée par son mari. Plus d'une vingtaine de personnalités sont présentes : hommes politiques, entrepreneurs, et tout un ensemble d'hommes de pouvoirs et d'associés de son mari. Ils sont, pour la plupart, accompagnés de leur épouse. La décoration intérieure, le repas et les mets sont très luxueux. Renée s'ennuie toujours. Elle semble seulement intéressée par Maxime qui fait la cour à Laure d'Aubigny, une femme demi-mondaine. En fin de soirée, elle est gagnée par la volupté et semble éprouver une pointe de jalousie quand elle constate la complicité du couple qu'elle épie. Maxime et Renée semblent d'ailleurs entretenir une relation assez ambiguë ( on les perçoit plutôt comme des complices très intimes).

 

CHAPITRE II

 

Il s'agit d'un retour en arrière sur le parcours d'Aristide. Originaire de Plassans, il regrette son impossibilité d'ascension sociale liée à son statut de provincial. Après la proclamation du Second Empire en décembre 1852, il décide d'aller vivre à Paris pour faire fortune. Il y emmène sa femme ( une personne assez effacée) et sa fille mais laisse son fils Maxime qui est selon lui une entrave à sa réussite. Il compte beaucoup sur l'aide de son frère Eugène Rougon, alors député à Paris. Ce dernier le reçoit mais n'a dans un premier temps pas de poste à lui proposer. Il lui demande d'être patient et de changer de nom : Aristide Rougon devient Aristide Saccard. Au bout de quelques mois, il obtient pour lui un poste peu intéressant d'agent voyer à la mairie de Paris et, face au désappointement de son frère, déclare que ce dernier doit être patient et habile s'il veut grimper les échelons. Aristide se montre alors très consciencieux et très attentif à tout ce qui se passe autour de lui pour pouvoir dés que possible avoir la possibilité d'être reconnu. Il est très intéressé par tout ce qui concerne les projets immobiliers parisiens car la ville est en pleine expansion ( volonté napoléonienne). Au moment où il croit enfin pouvoir faire des affaires, il manque cruellement d'argent. Il sollicite de nouveau son frère mais celui-ci ne l'aide pas. Il se tourne alors vers sa sœur qui vit aussi à Paris : Sidonie. Cette dernière a de nombreuses relations. Elle est officiellement commerçante mais elle a aussi su se constituer tout un réseau de relations, rendant service aux uns et aux autres notamment dans le domaine financier et en jouant le rôle d'entremetteuse. Elle lui laisse comprendre qu'elle ne pourra rien pour lui tant qu'il sera marié. Parallèlement, elle se lie d'amitié avec sa belle-sœur. Mais rapidement cette dernière tombe malade. Alors qu'elle vit ses derniers instants, Sidonie informe son frère d'une opportunité : une jeune femme issue d'une grande famille bourgeoise est dans une situation délicate car elle enceinte de trois mois sans être mariée. Elle cherche un mari et sa famille propose une dot conséquente. Sidonie demande à Aristide si cette affaire l'intéresse mais ce dernier hésite car sa femme est encore vivante. Finalement il accepte, voyant une belle opportunité financière. Quelques heures plus tard, sa femme agonise en le regardant comme si elle était au courant de ce que son mari avait manigancé avec Sidonie. Clotilde, leur fille, est envoyée chez un autre de leur frère qui habite Plassans. Le mariage se fait. Aristide va pouvoir s'enrichir car il dispose enfin d'une somme à investir et de biens fonciers qui vont lui permettre de spéculer. Renée trouve son mari laid mais s'accommode de cette situation. Peu de temps après le mariage, elle fait une fausse-couche. Très rapidement, elle s'installe dans cette nouvelle vie très confortable pour elle sur le plan matériel et, pendant qu'elle se distrait avec de nouvelles toilettes, son mari monte sa première grande affaire. C'est le début d'une fortune faite à partir de transactions malhonnêtes et de l'aide de son complice Larsonneau. Parallèlement, il se constitue un réseau d'hommes de pouvoir parmi lesquels M. Toutin-Laroche et le baron Gouraud. Ces deux derniers sont d'ailleurs eux-mêmes inquiétés par diverses affaires : le baron est un adorateur du trône et prêt à tout pour augmenter son pouvoir et sa richesse, c'est aussi un gros bonhomme qui aime les très jeunes filles, l'autre, sénateur, a les même ambitions et les mêmes idées pour les combler. Saccard les tire d'affaires louches dans lesquels ils sont inquiétés et gagne ainsi leur confiance.

Retour en arrière sur l'enfance de Renée et de Christine. Elles ont été élevées dans une grande maison bourgeoise austère et sombre mais leur tante a su égayer leur vie en aménageant une belle pièce lumineuse et uniquement destinées aux deux enfants dans leur demeure. Maintenant que Rénée est mariée, son père n'éprouve aucun respect ni amitié pour Saccard. Les deux hommes n'ont rien en commun.

 

CHAPITRE III

 

Renée accueille Maxime que son père a décidé de faire venir dans la demeure parisienne, en partie parce que cela contribuera à son image d'homme respectable. Lorsqu'il arrive à Paris, Maxime n'a que 13 ans. Immédiatement, une amitié, une complicité naît entre lui et Renée qui se propose de faire son éducation. Il adhère tout de suite à ce nouveau mode de vie, fréquente avec joie les amies de Renée et participe à toutes les activités autour de leurs tenues vestimentaires. Il peu intéressé par ses cours au collège et passe la plus grande partie de son temps avec sa belle-mère et ses amies à suivre leurs histoires de cœur. Plus tard, il met enceinte une servante et celle-ci doit s'exiler à la campagne.

Pendant ce temps, Aristide poursuit sa conquête de Paris. Il est satisfait des relations qui unissent sa femme et son fils. Il se jette à corps perdu dans les affaires, y passant la plus grande partie de son temps et usant de tous les moyens frauduleux pour gagner de l'argent. Tout lui réussit et sa fortune augmente à grande vitesse. Il s'associe même à deux entrepreneurs qui vont contribuer à le propulser au sommet. Il tire de l'argent de l'état, de la mairie et monte même une grande entreprise financière respectée. Les occupations de Maxime sont si prenantes que Renée vit comme une femme non mariée, ne rencontrant son mari que de temps en temps et prenant des amants pour s'amuser ( aucun ne déclenche en elle de véritable passion). Sa personnalité est d'ailleurs difficile à cerner.

Maxime a grandi et c'est maintenant lui qui instruit Renée. Il est passionné par les hommes et les femmes qui appartiennent à l'univers de sa belle-mère et collecte les informations à leur sujet. Il entretient des relations tout aussi inhabituelles avec son père, tous deux fréquentent les mêmes lieux et parfois les mêmes femmes. Rien ne porte à croire qu'ils sont père et fils.

Les Saccard s'enrichissent encore, ils vivent dans une abondance qui s'étale devant tous et emménagent au Parc Monceau. Ils fréquentent tous les hommes de pouvoir, Renée est même remarquée par l'empereur lui-même alors qu'elle a réussi à se faire inviter au bal de la cour grâce à l'intervention de son beau-frère le ministre.

 

CHAPITRE IV

 

Renée continue de s'ennuyer. Elle n'a qu'une envie : aller au bal donné par l'actrice Blanche Muller. Maxime l'accompagne après avoir réussi à leur procurer une invitation. L'hôte habite dans un appartement luxueux. Mais Renée se lasse vite et elle quitte le bal assez tôt dans la soirée, accompagnée de Maxime. Il l'invite à souper dans une des cabinets qu'il semble avoir l'habitude de fréquenter. Rapidement, leur intimité se renforce. Renée mange avec appétit tandis que Maxime picore dans son assiette. Elle fait mettre le serveur à la porte et le couple se retrouve totalement seul. Grisé, Maxime l'embrasse et tous deux se retrouvent comme sonnés, dégrisés par ce qu'ils viennent de faire. Plus tard, ils rentrent ensemble en voiture, toujours terriblement gênés. Mais au fond, aucun des deux ne se sent réellement coupable. Le lendemain, le jeune femme garde la chambre, toute à ses pensées. Saccard vient lui rendre visite. Il vient lui dire qu'il ne peut honorer toutes ses dépenses car il se trouve dans une situation financière nouvelle : il manque de liquidités. En fait, Saccard est totalement à court de liquidités malgré son train de vie et il a terriblement peur que cela se sache ( il perdrait sa crédibilité, ce qui serait fatal pour ses affaires). Pour ne pas perdre la face, il monte une opération avec Louise d'Aubigny en liquidant en public une partie de dettes de la jeune femme. Personne, ainsi ne se doute de ses soucis financiers. La vérité est qu'il a dilapidé la majeure partie de la fortune de sa femme. De plus, il n'est pas tranquille car Larsonneau, son associé du début à des documents compromettant le concernant. Le mari et la femme trouvent un arrangement provisoire pour pallier leurs difficultés financières. Saccard, en partant, embrasse sa femme dans un élan fougueux. Elle en reste toute surprise car ils n'ont plus ce genre de relations depuis bien longtemps.

Renée reçoit la visite de Sidonie qui flaire qu'elle va pouvoir faire des affaires avec la jeune femme. Mais Renée ne veut pas s'endetter par l'intermédiaire de sa belle-sœur. Elle résout son problème de dette auprès de son tailleur en lui versant un acompte.

Le lendemain, elle se rend au bal du ministère. Elle y est radieuse et Saccard, aussi présent, goûte au succès de sa femme. Maxime, invité lui-aussi, raccompagne Renée plus tard dans la soirée. Il monte avec elle dans son appartement particulier. Ils consomment leur amour et Maxime quitte la jeune femme au petit matin. Tous les deux ont glissé dans l'inceste, mais aucun ne semble vraiment culpabiliser. Dès ce moment, ils se voient régulièrement mais personne ne remarque rien puisqu'ils étaient déjà très complices auparavant. Renée s'épanouit dans cette réalisation du mal et tous les deux se livrent à des jeux érotiques dans lesquels les rôles s'inversent : elle se comporte comme un homme et lui se laisse dominer comme le ferait une femme. Ils se retrouvent notamment dans la serre de leur maison.

 

CHAPITRE V

 

Saccard garde en souvenir le baiser qu'il a donné à sa femme. Ses affaires semblent reprendre mais il paraît toujours être dominé par Larsonneau. Maxime coûte beaucoup d'argent à Renée mais la jeune femme continue de s'épanouir dans la relation qu'ils entretiennent en toute liberté. Ils aiment beaucoup le nouveau Paris et arpentent ses rues avec beaucoup de plaisir. Saccard, pendant ce temps-là, cherche à reconquérir sa femme en attendant l'occasion qui la rendra dépendante de lui. Renée est écrasée par les dettes : elle a besoin de cinquante mille francs. Elle demande la somme à son mari qui voit immédiatement l'occasion de se rapprocher de sa femme. Prise de panique, Renée lui dit qu'elle n'est pas pressée. Elle décide alors de s'adresser à son père chez qui elle se rend. Elle y est accueillie par ce dernier et par sa tante. La maison est austère et l'accueil froid. Elle n'ose pas faire sa demande et repart en sentant très lâche. Du coup, elle se rend chez Sidonie. Cette dernière lui apprend que M. de Saffé est très amoureux d'elle. Renée n'y accorde aucune importance et lui demande la somme dont elle a besoin. Mais Sidonie a fait un lien entre cette somme d'argent et M. de Saffré : ce dernier se trouve dans la pièce d'à côté ( l'autre s'est empressée de le faire venir) et il va arranger ce problème de dette. Renée quitte les lieux en disant qu'elle n'est pas à vendre.

Renée obtient une partie de la somme qu'elle doit et elle la remet à Maxime. Mais leurs rendez-vous sont plus rares et elle perd de sa joie de vivre souffrant de se partager entre le père et le fils. Maxime s'en inquiète peu. La jeune femme a souvent un comportement surprenant. Un soir, ils vont voir Phèdre au théâtre et elle en est bouleversée. Renée se montre capricieuse avec Renée et elle aime particulièrement l'embrasser derrière les rideaux lors de réceptions. Un soir, alors qu'elle l'entraîne au fond de la serre et, se croyant cachée, l'embrasse. Seulement, Louise, une des amies du jeune homme, l'a suivi et les surprend. Maxime est épouvanté, Renée s'amuse de cet épisode. Saccard souhaite de son côté marier son fils avec Louise, car une grosse dot est en jeu. Mais celle-ci est poitrinaire et le temps presse. M. de Mareuil, son père est lui dans une situation politique délicate. Maxime accepte voyant un grand intérêt financier à cette union. Mais il redoute l'emportement de Renée. Il ne sait comment la mettre au courant pour échapper au scandale.

Un soir, il décide de la rejoindre alors qu'elle a refusé de le recevoir. Elle finit par lui ouvrir et il découvre qu'elle n'est pas seule. Il veut absolument savoir qui est chez elle et elle lui dit en mentant que c'est M. de Saffré. Maxime est bien plus en colère que ce qu'il aurait imaginé. Il l'insulte et la quitte en lui disant que tout est maintenant terminé entre eux. Abattue, elle rejoint son mari.

Le lendemain Saccard retrouve Larsonneau. Ce dernier se plaint du vol du registre compromettant qu'il détenait et dit que le voleur demande une somme d'argent pour le restituer. Saccard déclare qu'il va pouvoir s'arranger avec cette crapule. Finalement, les deux hommes font un marché : Larsonneau neutralise le voleur du registre tandis que Saccard s'engage à empêcher sa femme de vendre sa part de propriété ( ce qui les mettrait dans une grande difficulté financière).

Saccard et Laure continue de simuler une relation d'amant et de maîtresse. Mais Laure en a assez et veut une rupture publique pour renouer avec quelqu'un qui l'entretiendra réellement. Elle s'arrange avec Larsonneau et choisit le duc de Rozan. De son côté, Saccard fait croire qu'il a raconté à sa femme que la situation de Larsonneau était désespérée et que, pour ces raisons, elle ne devait pas vendre. L'autre n'apprécie pas vraiment ces mensonges. Finalement, Saccard monte une opération financière frauduleuse avec le financier qui consiste à voler sa femme. Maxime est témoin de leur conversation et se montre assez satisfait car il en veut encore à Renée.

Le père et le fils se mettent d'accord sur le mariage de Maxime. Saccard s'engage à garder le secret auprès de Renée. Puis le père fait l'apologie du mariage et lui indique qu'il a renoué depuis 6 semaines avec Renée et que c'est très agréable. Maxime est très étonné et décide d'aller retrouver Renée chez elle pour renouer des liens amicaux et de complicité avec la jeune femme. Il est même prêt à lui annoncer son projet de mariage.

Il la trouve abattue. Il lui reproche de lui avoir menti en inventant un amant alors qu'elle était avec son mari. Elle lui explique qu'elle avait peur de le blesser avec cette infidélité. Elle se montre très attendrie par son mari et Maxime en éprouve une jalousie mordante. Du coup, il lui révèle que Saccard la manipule et il lui répète la conversation entendue entre son père et son associé. Renée est blessée et propose à Maxime de reprendre leur relation comme avant. Il n'ose refuser et ne lui annonce pas son projet de mariage.

Lorsque Saccard vient faire signer les papiers à sa femme, il est pris d'une grande colère sourde parce qu'elle refuse. Persuadé qu'elle a un amant qu'il la bien renseignée, il cherche à découvrir qui il est. Il s'adresse alors à sa sœur Sidonie qui, aigrie, accepte en disant qu'elle fera tout ce qu'il faut pour connaître les secrets de Renée.

 

CHAPITRE VI

 

Le bal costumé annuel est organisé chez les Saccard. La représentation d'une pièce en tableaux inspirée d'un mythe antique : Les amours du beau Narcisse et de la nymphe Echo est aussi prévue ce soir-là. Tout Paris est présent. Renée et Maxime participent à cette représentation. Sidonie, qui est aussi invitée, dit à son frère qu'elle continue d'enquêter sur Renée.

Le premier tableau remporte un grand succès et on admire particulièrement l'expression du visage de Renée et la taille fine de Maxime. Les hommes parlent affaires et les femmes évoquent les derniers potins. Le second tableau a davantage de succès encore. Le ministre arrive et Saccard annonce à son frère le mariage de son neveu. L'oncle veut être témoin et a déjà son cadeau de mariage : il sera nommé comme auditeur au Conseil d'Etat.

Le troisième tableau ne rencontre pas le succès escompté. Le ministre se retire. Le bal commence. Renée est vêtue d'une tenue originale et jugée presque indécente par certaines femmes. Elle fait sensation auprès des hommes. Louise fait une allusion très discrète à Maxime à propos de la relation qu'il pourrait avoir eue avec Renée. Les invités dansent puis, plus tard, se dirigent vers le buffet magnifique et abondant. Chacun se rue dessus sans retenue.

Renée apprend par hasard de la bouche de M. Toutin-Laroche la nouvelle du mariage de Maxime. Elle décide d'aller immédiatement lui parler. Elle ne le trouve pas tout de suite mais finit par le découvrir attablé avec Louise dans la salle à manger. Elle l'oblige à venir avec elle dans son cabinet de toilette. Sidonie qui les as croisés prévient Saccard qui abandonne sa conversation pour la suivre. Renée oblige Maxime à la suivre : elle veut qu'ils partent au Havre puis aux Amériques. S'il refuse, elle dévoilera leur secret aux autres. Il se sent forcé d'accepter, il réalise qu'elle a perdu la tête mais n'a pas le choix. Saccard est sur la pas de la porte et il trouve Renée pendue au cou de Maxime. Une immense colère l'anime mais il se contente de prendre le bon que sa femme a signé et de quitter les lieux en emmenant Maxime avec lui.

Renée restée seule s'observe dans le miroir et ne se reconnaît pas : elle est devenue une femme marquée et vieillie. Elle repense à son enfance et déroule le fil de sa vie. Elle se demande comment elle en est arrivée où elle en est. Elle comprend qu'elle est une victime de son mari et de son fils qui, tous deux, l'ont mise nue.

Renée rejoint les autres dans l'intention de parler à Louise pour empêcher le mariage. Au passage, elle surprend Sidonie en train de l'épier. Elle ne parvient pas à parler à la future femme de Maxime qui s'en va rapidement. Elle se réfugie au fond de la serre, grelottante.

 

CHAPITRE VII

 

Trois mois plus tard, Saccard appartient à une commission chargée d'évaluer la valeur de ses propres biens immobiliers. Il rédige lui-même le rapport et se voit accorder trois millions. Ses affaires vont beaucoup mieux. Renée s'est retrouvée seule et elle passe son temps à jouer. Maxime revient après six mois passé avec sa femme qui est maintenant enterrée en Italie. Renée se montre pleine de haine à son égard. Elle raconte tous les détails de sa relation incestueuse à son mari pour qu'il se brouille définitivement avec son fils. Maxime vit seul, en garçon avec son héritage et de l'argent de courses de chevaux.

Céleste, la femme de chambre de Renée est la seule personne qui lui tient compagnie mais, un jour, elle lui annonce qu'elle s'en retourne au pays car elle a économisé assez d'argent. Renée lui demande de rester mais l'autre est catégorique, elle veut une vie simple à la campagne. Après l'avoir accompagnée à la gare, écrasée par la tristesse, Renée se rend au Bois de Boulogne. Toutes les personnes importantes y sont pour défiler. Elle aperçoit Saccard et Maxime au bras l'un de l'autre. Le père est en train de donner des conseils à son fils pour faire fructifier son argent. L'empereur passe, Renée le trouve vieilli. Elle demande au cocher de la conduire chez son père. Arrivée dans la demeure de son enfance, elle retrouve une certaine quiétude, un apaisement.

Elle meurt l'année suivante d'une méningite aiguë et son père règle les dettes importantes qu'elle a laissées.

 

 

 

Published by Everina - dans Romans du XIXème
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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 12:00

images-copie-22.jpgRoman publié en 1865 tout d'abord en feuilleton dans Gil Blas puis en volume, la même année.

Ce roman retrace le parcours initiatique d'un jeune homme prêt à tout pour conquérir la capitale et réussir. Il mettra sept années à atteindre son but, accumulant les conquêtes féminines, instruments de son ascension sociale.

PREMIERE PARTIE

CHAPITRE 1

Le récit commence un 28 juin et ce chapitre s'étale sur une journée. Le personnage principal Georges Duroy est un ancien sous-officier récemment employé aux Chemins de fer du Nord. Il  a peu d'argent et envie ceux qui peuvent profiter de la vie parisienne. Un soir, alors qu'il se promène dans les rues de Paris, il rencontre Forestier, un ancien ami, ex-camarade de régiment, qui est devenu rédacteur politique dans le journal "La vie française". Il lui donne une leçon de vie parisienne et  lui demande pourquoi il n'essaierait pas le journalisme. Forestier constate que Duroy rencontre un certain succès auprès des femmes. Il l'invite à venir dîner chez lui pour lui faire rencontrer le directeur de son journal.

CHAPITRE 2

Georges Duroy se rend au dîner des Forestier. Il séduit Mme Walter, la femme du directeur du journal qui, conquise par ses souvenirs d'Afrique qu'il a racontés avec brio, lui demande de rédiger un article sur l'Algérie (où il a vécu 28 mois). Il y rencontre aussi Mme Forestier, Mme de Marelle, une bourgeoise bohème et sa petite fille Laurine. Il est tout de suite intégré : "Toutes les femmes avaient les yeux sur lui".

CHAPITRE 3

Duroy rencontre de terribles difficultés pour écrire l'article. Il en parle à son ami Forestier qui lui propose l'aide de sa femme, qui a un talent pour écrire des chroniques.  Mme Forestier l'aide à écrire son premier article et le pousse à revoir Mme de Marelle. Georges ne sait comment la remercier. Le comte de Vaudrec se présente au domicile des Forestier, il serait un "ami intime". Georges se retire.

CHAPITRE 4

Lorsqu'il sort de l'appartement, il se sent triste. Puis, il se rend à la Vie Française et donne "son" article. Walter semble satisfait sans même lire l'article. Georges obtient une embauche régulière au journal. Mais il doit écrire la suite pour le lendemain.

Le lendemain, Georges est impatient de trouver son article dans le journal. Il ressent une joie immense et beaucoup de fierté. Il donne sa démission au bureau des chemins de fer. Il prend du bon temps puis se rend au journal où il sera reçu avec froideur, d'autant qu'il n'a pas apporté la suite de sa chronique. Puis, il suit Saint-Potin qui doit lui donner des conseils pour la pratique de son nouveau métier.

Rentré  chez lui, il se met au travail mais sans succès. Il se présente de nouveau chez Mme Forestier pour demander de l'aide mais  il est éconduit par son mari. Il produit finalement un article mais celui-ci n'est pas publié le lendemain. Il se consacre dorénavant à une autre forme de journalisme : l'écriture de reportages payés à la ligne (mais cela ne lui convient pas car cela rapporte peu d'argent).

Le narrateur donne dans ce chapitre de nobreuses informations sur La Vie française : le journal, le directeur, les journalistes, les tâches du reporter.

CHAPITRE 5

Georges est frustré : ils n'est pas assez riche et les portes des grands du monde lui sont fermées. Il souvient de l'invintation passée de Mme de Marelle et se rend chez elle. Il y est accueilli chaleureusement par la mère et la fille. Il est aussitôt réinvité. Mme de Marelle organise un dîner au restaurant avec le couple Forestier. Tous les quatre mangent bien et la conversation est grivoise. Mais Forestier est en retrait car il souffre de la poitrine. Au retour, alors qu'il raccompagne Mme de Marelle, Georges l'embrasse. Ils prennent  rendez-vous pour le lendemain. Le surlendemain, ils sont amants. A partir de ce moment, elle lui rend visite quotidiennement dans son petit appartement. Mais un jour, elle est prise à parti par des voisins qui l'humilient publiquement. Elle ne veut plus remettre les pieds chez Georges. Elle trouve un nouveau lieu de rendez-vous : un appartement qu'elle s'occupe de louer. Elle le fait découvrir à Georges qui, dans un premier temps, se demande comment il va le payer. Mais bien vite, elle le rassure : elle prend tout en charge.

Ils continuent de se voir tous les jours et Mme de Marelle aime particulièrement fréquenter les lieux populaires. Un soir,  alors qu'ils se rendent aux Folies Bergères, ils tombent sur Rachel, une maîtresse occasionnelle de Georges. Celui-ci fait mine de ne pas la reconnaître. L'autre, vexée, l'apostrophe en lui rappelant leur relation. Clotilde de Marellle est choquée que Georges ait pu utiliser son argent pour fréquenter la prostituée. Elle abandonne Georges après l'avoir traité de cochon à plusieurs reprises.

 

  CHAPITRE 6

Le lendemain, il se réveille sonné. Il tente de trouver du réconfort auprès de Rachel mais elle l'éconduit. Au journal, Forestier se montre  désagréable et cinglant avec lui. Pour se venger, il décide  de le faire cocu et se rend chez Mme Foresitier. Mais celle-ci le remet rapidement à sa place : elle ne sera jamais sa maîtresse. En revanche, elle le conseille s'il veut réussir en lui recommandant de rendre visite à Mme Walter (même si là non plus, il ne sera pas question de mariage). Comme il n'a pas été invité, il lui envoie un panier de poires qu'il a acheté près de chez lui et qu'il lui présente comme fraîchement arrivée de Normandie. En retour, il reçoit une invitation.

Le samedi suivant, il se rend chez les Walter qui logent dans une belle demeure et où les conversations littéraires vont bon train. Dans un premier temps, il n'ose prendre la parole puis il finit par donner un avis original et remarqué sur les Académiciens.

Ce soir-là, il se réconcilie avec Rachel. Le lendemain, il est nommé chef des échos et invité à dîner chez Mme Walter. Au journal, il remplace M. Boisrenard, jugé consciencieux mais trop honnête et manquant de "maîtrise et de chic".Il s'installe à son nouveau bureau. Forestier est de plus en plus souffrant.

Duroy se dit qu'il doit changer de logement et se répète qu'il doit écrire à ses parents. Il se sent un autre homme et repousse les prostituées avec violence.

Lors d'un dîner chez les Walter, il retrouve Clotilde et tous deux renouent. Il discute aussi longuement avec Norbert de Varennes au sujet de la mort. L'autre lui décrit sa vision pessimiste du monde.

Le lendemain, Clotilde décide de le présenter à son mari lors d'un dîner qu'elle veut organiser avec les Forestier. Charles est de plus en plus souffrant. Mme de Marelle indique à Georges que Mme Forestier va sûrement se remarier si son mari décède. Plus tard, Georges fait ses adieux au couple Forestier qui part à Nice. Il réafirme son attachement à Mme Forestier.

 

  CHAPITRE 7

 

Duroy est vivement attaqué par un chroniqueur du journal concurrent "La Plume". Il n'a d'autre choix que de le combattre en duel. La nuit précédent cet affrontement, il est terrorisé mais finalement le moment venu, chacun tire sans toucher l'autre. L'affaire est réglée.

Clotilde est bouleversée quand elle apprend cet épisode et se montre très aimante. Il lui demande s'il peut occuper à plein temps l'appartement dans lequel ils se retrouvent, elle accepte après quelques réticences croyant qu'il risque de l'y tromper. Georges reste assez détaché : "C'est une bien gentille maîtresse, je serai rudement bête de la lâcher".

 

  CHAPITRE 8

 

Georges fréquente régulièrement Clotilde et la couple qu'elle forme avec son mari.

Il reçoit une lettre de Madeleine Forestier qui lui demande de venir l'assister car son mari est en train de vivre ses derniers moments. Georges prend le train le lendemain pour Cannes.

Il trouve Forestier très diminué, désagréable avec sa femme et obsédé par l'idée de sa mort. A la fin de la première journée, Georges souhaite repartir, ne supportant pas tout ce malheur. Mais finalement, il se résigne et reste. Le lendemain, Charles va beaucoup mieux et tous trois font une longue balade dehors. Le soir, il est cependant pris d'une quinte de toux et le médecin diagnostique le début de l'agonie. On fait venir le prêtre. Forestier meurt après avoir crié sa volonté de ne pas mourir. Georges et Madeleine se retrouvent seuls.

Lors de la veillée du corps, Georges pense à la mort, puis se met à contempler Madeleine. L'idée de la conquérir lui vient. Il lui dit qu'il est prêt à l'épouser même s'il est conscient que ce n'est ni le lieu, ni le moment de lui faire cette déclaration.

La veille de l'enterrement, elle lui précise sa conception du mariage : pour elle, c'est une association qui ne doit pas entraver sa liberté. Le lendemain du mariage, il quitte Cannes pour rejoindre Paris.

 

  PARTIE II

CHAPITRE 1

La vie de Georges a repris son cours. Sa relation avec Clotilde est devenue routinière. Il reçoit une lettre de Madeleine  qui lui annonce son retour à Paris. Elle l'invite chez elle le jour même.

Elle lui laisse entendre qu'elle est prête à se marier avec lui mais qu'elle ne s'engage pas officiellement et que tout doit rester secret.

 

Il lui rend visite régulièrement et un jour, elle lui annonce la date du mariage : elle veut qu'il prévienne Clotilde et rencontrer ses parents car il ne doit pas avoir honte d'eux. Elle lui fait aussi part d'épouser un homme anobli et elle lui demande s'il peut modifier son nom. Il va devenir Monsieur Georges du Roy de Cantel ( transformation de Canteleu, sa bourgade natale). Une fierté l'envahit. Puis il prévient Clotilde qui s'effondre. Elle le laisse en lui disant qu'il a fait "le bon choix".

Georges et Madeleine s'unissent sans cérémonie religieuse et discrètement. Puis, ils quittent Paris pour la Normandie. Dans le train, ils sont d'abord mal à l'aise, la jeune femme se montre froide et calculatrice. Peu à peu, l'atmosphère se détend et ils s'étreignent rapidement. La femme reste réservée face à l'emportement de Georges.

Lorsqu'ils arrivent chez les parents de Georges, les mariés se sentent mieux : Georges est heureux de retrouver ses racines. Cependant, Madeleine est rapidement mal à l'aise face aux manières et au mode de vie rustiques. Elle précipite leur départ. Les parents sont surpris par ce départ précipité.

 

 

Chapitre 7

 

Duroy est vivement attaqué par un chroniqueur du journal concurrent "La Plume". Il n'a d'autre choix que de le combattre en duel. La nuit précédent cet affrontement, il est terrorisé mais finalement le moment venu, chacun tire sans toucher l'autre. L'affaire est réglée.

Clotilde est bouleversée quand elle apprend cet épisode et se montre très aimante. Il lui demande s'il peut occuper à plein temps l'appartement dans lequel ils se retrouvent, elle accepte après quelques réticences croyant qu'il risque de l'y tromper. Georges reste assez détaché : "C'est une bien gentille maîtresse, je serai rudement bête de la lâcher".

 

Chapitre 8

 

Georges fréquente régulièrement Clotilde et la couple qu'elle forme avec son mari.

Il reçoit une lettre de Madeleine Forestier qui lui demande de venir l'assister car son mari est en train de vivre ses derniers moments. Georges prend le train le lendemain pour Cannes.

Il trouve Forestier très diminué, désagréable avec sa femme et obsédé par l'idée de sa mort. A la fin de la première journée, Georges souhaite repartir, ne supportant pas tout ce malheur. Mais finalement, il se résigne et reste. Le lendemain, Charles va beaucoup mieux et tous trois font une longue balade dehors. Le soir, il est cependant pris d'une quinte de toux et le médecin diagnostique le début de l'agonie. On fait venir le prêtre. Forestier meurt après avoir crié sa volonté de ne pas mourir. Georges et Madeleine se retrouvent seuls.

Lors de la veillée du corps, Georges pense à la mort, puis se met à contempler Madeleine. L'idée de la conquérir lui vient. Il lui dit qu'il est prêt à l'épouser même s'il est conscient que ce n'est ni le lieu, ni le moment de lui faire cette déclaration.

La veille de l'enterrement, elle lui précise sa conception du mariage : pour elle, c'est une association qui ne doit pas entraver sa liberté. Le lendemain du mariage, il quitte Cannes pour rejoindre Paris.

 

 

2ème PARTIE

 

Chapitre 1

 

Il lui rend visite régulièrement et un jour, elle lui annonce la date du mariage : elle veut qu'il prévienne Clotilde et rencontrer ses parents car il ne doit pas avoir honte d'eux. Elle lui fait aussi part d'épouser un homme anobli et elle lui demande s'il peut modifier son nom. Il va devenir Monsieur Georges du Roy de Cantel ( transformation de Canteleu, sa bourgade natale). Une fierté l'envahit. Puis il prévient Clotilde qui s'effondre. Elle le laisse en lui disant qu'il a fait "le bon choix".

Georges et Madeleine s'unissent sans cérémonie religieuse et discrètement. Puis, ils quittent Paris pour la Normandie. Dans le train, ils sont d'abord mal à l'aise, la jeune femme se montre froide et calculatrice. Peu à peu, l'atmosphère se détend et ils s'étreignent rapidement. La femme reste réservée face à l'emportement de Georges.

Lorsqu'ils arrivent chez les parents de Georges, les mariés se sentent mieux : Georges est heureux de retrouver ses racines. Cependant, Madeleine est rapidement mal à l'aise face aux manières et au mode de vie rustiques. Elle précipite leur départ. Les parents sont surpris par ce départ précipité.

 


Chapitre 2

 

Alors que Georges rentre chez lui avec un bouquet de roses pour sa femme, il apprend que Vaudrec est invité à dîner comme tous les lundis. Désappointé, il passe finalement une bonne soirée. Le couple se met au travail après le départ du conte : il s'agit d'écrire un article en rapport avec les événements au Maroc. Cet article à teneur politique et polémique lui assure la célébrité. Madeleine, de son côté, fréquente aussi les grands de ce monde qui lui rendent de nombreuses visites. Parmi eux, Larache-Mathieu vise le porte-feuille des affaires étrangères, c'est aussi l'actionnaire principal du groupe Walter.

Duroy marche sur les traces de Forestier, à tel point que ses collègues l'appellent Forestier car leurs articles se ressemblent beaucoup. Georges en nourrit une grande haine contre son ancien ami et se met à faire sans cesse allusion à lui auprès de Madeleine en employant un ton sarcastique.

Alors qu'un soir, il se promène avec sa femme au Bois de Boulogne, il lui demande si elle a trompé Forestier. Elle refuse de lui répondre, mais il a la conviction qu'elle l'a fait. Il décide de ne plus penser qu'à lui même et de n'être motivé que par sa seule volonté de réussir.

 

Chapitre 3

Alors qu'il rentre chez lui, il tombe sur Mme Walter et Clotilde. Madeleine lui dit que les filles Walter auraient pu être un bon parti pour lui. Le soir, il repense avec nostalgie à Clotilde et décide de lui rendre visite le lendemain. A la suite de cette rencontre, ils renouent.

Georges passe chercher Mme Walter et ses filles pour aller chez Rival assister à un assaut dans la salle d'armes. Il trouve la mère séduisante. De nombreuse personnalités sont présentes. Il s'agit d'une fête de bienfaisance. Il réalise qu'il plaît à Mme Walter. Il est heureux de son succès auprès des femmes.

Les relations se tendent entre Georges et Madeleine. Il arrête d'évoquer Charles en l'appelant ce "cocu de Forestier". Parallèlement, il s'applique à séduire Mme Walter. Dans un premier temps, elle résiste mais cela est plus formel que sincère. Après avoir refusé l'invitation dans un premier temps, elle se présente à un diner avec d'autres amis chez Georges. Il reçoit toutes les femmes qu'il a séduites mais il porte une attention particulière à Mme Walter. Il décide de la raccompagner et lui fait une grande déclaration d'amour. Il obtient d'elle un rendez-vous pour le lendemain dans l'église de la Madeleine. Il raccompagne ensuite Clotilde.

 

Chapitre 4

Georges attend Virginie Walter dans l'église. Lorsqu'elle arrive, il lui déclare à nouveau son amour. Elle finit par avouer qu'elle l'aime aussi. Mais restée seule, elle est dévorée par le remords et demande au prêtre de la confesser de toute urgence. Puis, elle quitte l'église après avoir retrouvé Georges et demandé de ne plus la voir en tête à tête. Il se rend ensuite au journal. Walter l'appelle Bel Ami. Il règne une grande effervescence : le ministère vient de tomber. Georges rédige un article à ce sujet. Il reçoit un billet anonyme qui lui donne rendez-vous le lendemain. Il comprend que son auteur est Virginie. Le lendemain, elle se donne à lui.

 

Chapitre 5

L'influence politique du journal grandit. Du Roy travaille pour servir les ambitions politiques des grands de ce monde.

Il s'est lassé de Mme Walter et l'a quittée. Elle était trop envahissante. Un jour, elle lui envoie un billet pour lui fixer un rendez-vous. A cette occasion, il apprend qu'elle peut lui faire gagner beaucoup d'argent s'il participe à une opération menée en secret par Walter. Il accepte. Il retrouve ensuite Clotilde et lui donne la même information pour son mari afin qu'il profite aussi de cette aubaine. Mais celle-ci découvre les cheveux d'une autre femme sur son veston : ce sont ceux de Virginie qui avait pris soin de les placer sur les boutons de la veste de son ancien amant lors de leur précédent rendez-vous. Elle le griffe puis s'enfuit. Georges décide de se venger : il se met à détester Virginie.

Vaudrec meurt d'une crise de goutte.

 

Chapitre 6

Vaudrec a légué toute sa fortune à Madeleine. Georges en est humilié et lui demande de partager pour moitié la somme sinon il refusera qu'elle touche l'héritage. Elle accepte en se montrant peu préoccupée par l'argent. Pour leur entourage, il s'agit de dire qu'ils ont hérité ensemble. Les tensions entre eux s'apaisent et ils retrouvent une complicité en dépensant l'argent qu'ils viennent de toucher.

 

Chapitre 7

La conquête du Maroc est accomplie et Walter est devenu l'un des "maîtres du monde". Il s'installe dans un nouveau domicile très luxueux et achète un des tableaux les plus prisés du moment. Il le place chez lui et organise une soirée sur invitation pour parader. Du Roy refuse dans un premier temps puis accepte. C'est une très grande réception qui réunit le tout Paris. Il y séduit Suzanne Walter et se dit qu'elle serait décidément un bon parti. Elle s'engage à le tenir informé des demandes en mariage dont elle ferait l'objet. Pendant ce temps, sa femme ne quitte pas le ministre Laroche-Mathieu avec qui elle passe la plus grande partie de la soirée.

Mme Walter se consume de jalousie et reproche sa cruauté à Georges. Il lui impose une relation amicale si elle souhaite continuer à le voir.

Au retour de cette soirée, Madeleine apprend à Georges que Laroche lui a fait obtenir la Légion d'honneur. Georges estime que le ministre ne fait que payer sa dette à son égard et qu'il lui doit encore beaucoup. Ils dînent ensuite chez les Walter.

 

Chapitre 8

Georges fréquente la maison Walter régulièrement. La sœur de Suzanne va bientôt se marier. Il fait une déclaration d'amour à Suzanne et lui demande de refuser toute demande en mariage et de lui faire confiance.

Puis, il organise une opération policière pour faire constater l'adultère de sa femme en flagrant délit. Il y parvient en la surprenant un soir avec le ministre. Il se rend ensuite à La Vie Française ou il annonce à Walter l'adultère et la chute de Laroche-Mathieu qui en découle. Walter ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine admiration pour Georges.

 

Chapitre 9

Le divorce est prononcé. Lors d'une sortie pour aller déjeuner à Saint-Germain organisée par les Walter à laquelle Georges participe, il expose son plan à Suzanne : il va l'enlever et forcer ainsi ses parents à accepter le mariage. Préalablement, la jeune fille aura demandé l'autorisation de l'épouser, mais Georges sait qu'ils refuseront ( chacun ayant ses propres raisons).

Le plan fonctionne et Mme Walter est effondrée, terrassée par la douleur. Son mari lui reproche d'ailleurs d'être victime, comme nombre de femmes, du charme de Georges.

Le nouveau couple rentre à Paris.

 

Chapitre 10

Clotilde reproche à Georges d'épouser Suzanne : "Comme tu es roué et dangereux, toi!". Elle est folle de rage et pour la faire taire ( elle l'accuse d'avoir couché avec Suzanne ), il la frappe. Il décide de ne plus revenir dans leur appartement commun.

Un immense mariage s'organise : c'est un événement à Paris. Le succès de Georges est immense. Tout laisse supposer que sa relation avec Clotilde n'est pas terminée et qu'il va devenir député.

 

 

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 22:08

 

manet-edouard-001.jpgPrésentation

 

Ce roman a été publié en 1886, c'est le 14ème de la série des Rougon-Macquart (qui en contient 20).

 

Dans l'ébauche de son roman, Zola écrit : "Avec Claude Lantier, je veux peindre la lutte de l'artiste contre la nature, l'effort de la création dans l'oeuvre d'art, effort de sang et de larmes pour donner sa chair, faire de la vie : toujours en bataille avec le vrai et toujours vaincu, la lutte contre l'ange. En un mot, j'y raconterai ma vie entière de production, ce perpétuel accouchement si douloureux ; mais je grandirai le sujet par le drame, par Claude qui ne se contente jamais, qui s'exaspère de ne pouvoir accoucher son génie et qui se tue à la fin devant son oeuvre irréalisée."

L’ouvrage nous entraîne dans le monde de l’art et des artistes, à travers le portrait d’un peintre maudit, Claude Lantier, qui ressemble sur plusieurs points à Paul Cézanne, grand ami de Zola, et qui se brouillera avec l’écrivain après la publication du roman.

 

Résumé

 

CHAPITRE I (pp. 29-52)

 

Un soir d'orage, au mois de juillet, alors qu'il rentre dans son atelier, Claude découvre une jeune fille qui s'est réfugiée sous le porche. Elle lui demande l'hospitalité, lui expliquant qu'elle se retrouve seule et perdue dans Paris. Elle vient de province et se rendait à l'origine à Passy pour être lectrice chez une vieille dame. Un problème lié à la circulation des trains l'en a empêchée. Il est d'abord étonné et ne croit pas à cette histoire, mais il accepte finalement d'héberger la jeune fille. Il lui laisse son lit.

Le lendemain matin, lorsqu'il se réveille après une mauvaise nuit liée à la présence de la jeune femme dans son atelier, il la découvre à moitié dénudée ( il fait très chaud). Attendri et étonnée par sa fraîcheur et sa candeur, il entreprend son portrait au pastel. Ce portrait n'est pas terminé lorsqu'elle se réveille et elle se montre opposée à ce travail. Elle finit cependant par laisser le peintre terminer son travail. Le peintre et son modèle conversent et la jeune fille lui donne les détails de ses mésaventures de la veille. Elle se nomme Christine. Une certaine complicité s'instaure entre eux. Puis la jeune fille décide de rejoindre Passy, le peintre tente de la retenir, au moins pour le déjeuner, lui propose de la raccompagner sur un bout de chemin mais Christine refuse et le laisse seul dans son atelier. Il éprouve à la fois de la déception et de la colère.

 

CHAPITRE II (pp. 53- 79)

 

Midi vient de sonner lorsque le meilleur ami de Claude, Pierre Sandoz, arrive dans l'atelier. Il sert de modèle au peintre pour réduire les frais de ce dernier. Les deux amis sont heureux ensemble et ils parlent beaucoup pendant que l'un travaille et l'autre pose. Ils se connaissent depuis l'enfance et se rappellent leurs bons souvenirs, leurs amis communs, les farces qu'ils ont faites au collège. Ils insistent aussi sur les moments de bonheur qu'ils ont connus en parcourant la campagne du Sud de la France (Plassans) et leur admiration pour la nature.

Claude peint tout en réfléchissant à son travail, à ce que doit être une oeuvre, il ressent beaucoup d'hésitation quant à ses productions. A l'heure du diner, Dubuche, un ami des deux autres, architecte, arrive dans l'atelier pour prendre le repas avec eux. Il est étonné par les oeuvres de Claude et cela alimente leur conversation. Du coup, le peintre se remet avec acharnement au travail sans s'intéresser aux deux autres ni à leur envie d'aller diner.

Le père Malgras, marchand de tableaux, arrive dans l'atelier. On comprend que cet homme est un filou qui ne cherche qu'à gagner de l'argent sans prendre trop de risques. Après avoir flatté puis dévalorisé le peintre et son travail, il réussit à lui acheter à petit prix une petite toile qu'il est sûr de revendre. Les trois amis quittent ensuite l'atelier pour prendre leur repas. Claude est à la traîne, souffrant et insatisfait : il vient de gratter une partie du tableau sur lequel il travaille, qu'il trouvait ratée.

 

CHAPITRE III (pp. 79- 113)

 

Claude commence la semaine en étant tourmenté par les doutes quant à son travail. Le jeudi, pour ne pas rester seul, il se rejoint ses amis artistes et tente de prendre du bon temps avec eux. Ensemble, ils font une longue promenade dans Paris, discutent de leurs pratiques artistiques, des femmes qui les entourent, de leurs connaissances. Ils passent leur soirée chez Sandoz qui les invitent à déguster un gigot. Lorsque Claude rentre chez lui, il a repris confiance en lui et est maintenant persuadé qu'il va réussir à faire un chef d'oeuvre.

 

CHAPITRE IV ( pp. 113- 142)

 

Claude est dans son atelier lorsqu'il reçoit la visite de Christine. Il n'espérait plus la revoir, même s'il avait beaucoup pensé à elle après leur rencontre. Cette visite se termine par une incompréhension : la jeune femme n'aime pas la grande toile qu'elle a vue dans l'atelier, elle a l'impression d'y être représentée et le résultat ne lui plaît pas. Cependant, quelques temps plus tard, elle retourne voir Claude puis prend l'habitude de se rendre dans son atelier régulièrement. Peu à peu, ils se connaissent, ils parlent beaucoup ensemble. Christine évoque son enfance ou la manière dont elle vit chez la vieille dame qui l'emploie pour lui faire la lecture. Pendant ce temps, Claude continue de travailler sur sa grande peinture, celle sur laquelle il a représenté un visage de femme en s'inspirant de celui de Christine. Seulement, il ne peut plus avancer car il ne parvient pas à peindre de façon satisfaisante le corps sous cette tête. Pourtant, plusieurs femmes posent pour lui, mais aucune ne lui convient. Il n'ose demander à Delphine de se dévêtir pour lui servir de modèle et il est de plus en plus tourmenté. Finalement, il le fait et, à sa grande surprise, entend une réponse affirmative. Sa peinture trouve un nouvel élan et c'est dans un élan de tendresse qu'il donne son premier baiser à la jeune femme.

 

Pour comprendre le roman, cliquez sur le lien suivant qui vous donnera des pistes que j'ai trouvées intéressantes...

link http://pharouest.ac-rennes.fr/e352009U/lycee/lettres/pajennou/accsau.htm

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 16:11

 

Il s'agit d'un assez court récit écrit en langue anglaise par Robert Louis Stevenson, paru en 1886. L'auteur a affirmé qu'un de ses cauchemars l'avait inspiré pour trouver le sujet de cette histoire appartenant au genre fantastique.

 

Jekyll.jpgLe récit se déroule à Londres dans les années 18.. Une nuit, Mr utterson, notaire, et son ami Mr Enfield se promènent dans les rues de la ville. Ils passent devant une porte qui rappelle à Mr Enfield un étrange fait dont il a été témoin : l'agression d'une jeune fille par un dénommé Mr Hyde, homme à l'apparence repoussante et effrayante. Un peu plus tard, Mr Utterson apprend que Mr Hyde est lié à un de ses proches amis, le docteur Jekyll. Ce dernier lui par ailleurs envoyé un étrange testament dans lequel il déclare léguer l'ensemble de sa fortune à son ami Mr Hyde après sa mort. Le docteur Jekyll est un personnage aimé et apprécié de tous. Il a l'habitude de recevoir ses amis. Mais au fil du récit, son caractère change et il devient de plus en plus renfermé et solitaire. Utterson tente de se rapprocher de lui pour comprendre ce changement de comportement. D'autant qu'un crime vient d'être commis ( il s'agit du meurtre d'une personne politiquement influente) et que la canne de Jekyll a été retrouvée sur les lieux de l'agression. Utterson est de plus en plus inquiet.

Un jour, un de leurs amis communs, le docteur Lanyon, est victime d'un mal étrange. Il meurt rapidement sans que personne ne sache ce qui l'a bouleversé à ce point. Le soir de ses funérailles, Utterson découvre une lettre écrite par Lanyon qu'il ne peut cependant pas décacheter avant la mort de Jekyll, selon les dernières volontés de son ami. Il la conserve précieusement.

Plus tard, Poole, le fidèle maître de maison de Jekyll, vient chercher le notaire car tous les domestiques sont terrifiés par le comportement du docteur : il reste cloîtré dans son cabinet et exige d'eux qu'ils aillent chercher un ingrédient qui lui est indispensable. Le notaire se rend chez le docteur, enfonce la porte du cabinet et découvre le corps de Hyde, mort dans des vêtements trop grands pour lui. Utterson fouille le bureau de son ami et découvre une lettre que Jekyll lui a adressé dans laquelle il lui demande de lire la lettre écrite par Lanyon. Tout le travail du docteur Jekill y est détaillé : en avalant un breuvage, il a réussi à séparer son âme en deux parties, l'une est bonne, l'autre mauvaise. Mais le mauvais côté, celui du méchant Hyde, a pris peu à peu le dessus sur le gentil Jekyll à tel point qu'il ne peut redevenir ce qu'il était. Ainsi, le médecin déclare préférer la mort plutôt que d'être l'incarnation du mal pur. Utterson garde secrètes toutes ces informations pour ne pas salir la mémoire de son ami.

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 09:48

docteur-moreau-copie-1.jpg

 

Roman d'anticipation écrit par l'écrivain anglais H. G. Wells et publié en 1896.

 

Suite au naufrage de son bateau, Prendick, le seul survivant, est recueilli par Montgomery à bord d'un navire qui transporte une étrange cargaison et qui se dirige vers une île sauvage (avant de poursuivre sa route) : celle du docteur Moreau. Montgomery ne veut pas que Prendick se rende sur l'île mais il finit quand même par accepter sa venue.

Lorsqu'il débarque sur l'île, Prendick se rend rapidement compte qu'il s'y passe des choses extraordinaires. Ainsi, il découvre des créatures étranges qui ressemblent à la fois à des animaux et à des hommes. Il est aussi dérangé par de terribles hurlements continus qui proviennent d'un endroit fermé et inaccessible. Il comprend progressivement que les créatures qu'il a vues sont le résultat des expériences menées par le docteur Moreau. Ce dernier lui explique alors son projet : il s'agit de créer des hommes à partir d'animaux en réalisant des greffes et de multiples interventions chirurgicales – qui se révèlent très douloureuses pour les cobayes. Une fois créées, ces créatures sont lâchées dans l'île et doivent vivre selon la loi établie par le docteur Moreau. Cette loi est un ensemble de règles qui contraignent les créatures à adopter des comportements humains ( marcher debout, par exemple).

Un jour, en se promenant, les trois hommes découvrent qu'une des lois a été enfreinte lorsqu'ils trouvent le cadavre d'un lapin (il est interdit de tuer et de consommer de la viande). Ils partent à la recherche du prédateur et se rendent compte que le comportement des créatures a changé : elles sont devenues agressives et respectent de moins en moins les lois. Moreau est capturé par l’une d'entre elles et, plus tard, Montgomery et Moreau découvrent son cadavre. Peu à peu, les créatures redeviennent des bêtes et adoptent un comportement violent. Montgomery, voyant que les hommes sont en train de perdre le contrôle de la situation, devient fou et meurt à son tour.

Prendick reste le seul être humain sur l'île. Un homme-chien lui tient compagnie. Dans un premier temps, il se laisse envahir par la peur mais finalement il réussit à se faire respecter. Un jour, l'homme-chien est tué par une des créatures. Pendrick décide de quitter l'île. Il construit un radeau et parvient à s'échapper et à retourner à la civilisation. A partir de ce moment, il s'isole et vit à l'écart des hommes en se consacrant à l'étude de l'astronomie.

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 17:32

Il y a sept ou huit ans, un homme nommé Claude Gueux, pauvre ouvrier, vivait à Paris. Il avait avec lui une fille qui était sa maîtresse, et un enfant de cette fille. Je dis les choses comme elles sont, laissant le lecteur ramasser les moralités à mesure que les faits les sèment sur leur chemin. L’ouvrier était capable, habile, intelligent, fort maltraité par l’éducation, fort bien traité par la nature, ne sachant pas lire et sachant penser. Un hiver, l’ouvrage manqua. Pas de feu ni de pain dans le galetas. L’homme, la fille et l’enfant eurent froid et faim. L’homme vola. Je ne sais ce qu’il vola, je ne sais où il vola. Ce que je sais, c’est que de ce vol il résulta trois jours de pain et de feu pour la femme et pour l’enfant, et cinq ans de prison pour l’homme.

L’homme fut envoyé faire son temps à la maison centrale de Clairvaux. Clairvaux, abbaye dont on a fait une bastille, cellule dont on a fait un cabanon, autel dont on a fait un pilori. Quand nous parlons de progrès, c’est ainsi que certaines gens le comprennent et l’exécutent. Voilà la chose qu’ils mettent sous notre mot.

Poursuivons.

Arrivé là, on le mit dans un cachot pour la nuit, et dans un atelier pour le jour. Ce n’est pas l’atelier que je blâme.

Claude Gueux, honnête ouvrier naguère, voleur désormais, était une figure digne et grave. Il avait le front haut, déjà ridé quoique jeune encore, quelques cheveux gris perdus dans les touffes noires, l’œil doux et fort puissamment enfoncé sous une arcade sourcilière bien modelée, les narines ouvertes, le menton avancé, la lèvre dédaigneuse. C’était une belle tête. On va voir ce que la société en a fait.

Il avait la parole rare, le geste peu fréquent, quelque chose d’impérieux dans toute sa personne et qui se faisait obéir, l’air pensif, sérieux plutôt que souffrant. Il avait pourtant bien souffert.

Dans le dépôt où Claude Gueux était enfermé, il y avait un directeur des ateliers, espèce de fonctionnaire propre aux prisons, qui tient tout ensemble du guichetier et du marchand, qui fait en même temps une commande à l’ouvrier et une menace au prisonnier, qui vous met l’outil aux mains et les fers aux pieds. Celui-là était lui-même une variété de l’espèce, un homme bref, tyrannique, obéissant à ses idées, toujours à courte bride sur son autorité ; d’ailleurs, dans l’occasion, bon compagnon, bon prince, jovial même et raillant avec grâce ; dur plutôt que ferme ; ne raisonnant avec personne, pas même avec lui ; bon père, bon mari sans doute, ce qui est devoir et non vertu ; en un mot, pas méchant, mauvais. C’était un de ces hommes qui n’ont rien de vibrant ni d’élastique, qui sont composés de molécules inertes, qui ne résonnent au choc d’aucune idée, au contact d’aucun sentiment, qui ont des colères glacées, des haines mornes, des emportements sans émotion, qui prennent feu sans s’échauffer, dont la capacité de calorique est nulle, et qu’on dirait souvent faits de bois ; ils flambent par un bout et sont froids par l’autre. La ligne principale, la ligne diagonale du caractère de cet homme, c’était la ténacité. Il était fier d’être tenace, et se comparait à Napoléon. Ceci n’est qu’une illusion d’optique. Il y a nombre de gens qui en sont dupes et qui, à certaine distance, prennent la ténacité pour de la volonté, et une chandelle pour une étoile. Quand cet homme donc avait une fois ajusté ce qu’il appelait sa volonté à une chose absurde, il allait tête haute et à travers toute broussaille jusqu’au bout de la chose absurde. L’entêtement sans l’intelligence, c’est la sottise soudée au bout de la bêtise et lui servant de rallonge. Cela va loin. En général, quand une catastrophe privée ou publique s’est écroulée sur nous, si nous examinons, d’après les décombres qui en gisent à terre, de quelle façon elle s’est échafaudée, nous trouvons presque toujours qu’elle a été aveuglément construite par un homme médiocre et obstiné qui avait foi en lui et qui s’admirait. Il y a par le monde beaucoup de ces petites fatalités têtues qui se croient des providences.

Voilà donc ce que c’était que le directeur des ateliers de la prison centrale de Clairvaux. Voilà de quoi était fait le briquet avec lequel la société frappait chaque jour sur les prisonniers pour en tirer des étincelles.

L’étincelle que de pareils briquets arrachent à de pareils cailloux allume souvent des incendies.

Nous avons dit qu’une fois arrivé à Clairvaux, Claude Gueux fut numéroté dans un atelier et rivé à une besogne. Le directeur de l’atelier fit connaissance avec lui, le reconnut bon ouvrier, et le traita bien. Il paraît même qu’un jour, étant de bonne. humeur, et voyant Claude Gueux fort triste, car cet homme pensait toujours à celle qu’il appelait sa femme, il lui conta, par manière de jovialité et de passe-temps, et aussi pour le consoler, que cette malheureuse s’était faite fille publique. Claude demanda froidement ce qu’était devenu l’enfant. On ne savait.

Au bout de quelques mois, Claude s’acclimata à l’air de la prison et parut ne plus songer à rien. Une certaine sérénité sévère, propre à son caractère, avait repris le dessus.

Au bout du même espace de temps à peu près, Claude avait acquis un ascendant singulier sur tous ses compagnons. Comme par une sorte de convention tacite, et sans que personne sût pourquoi, pas même lui, tous ces hommes le consultaient, l’écoutaient, l’admiraient et l’imitaient, ce qui est le dernier degré ascendant de l’admiration. Ce n’était pas une médiocre gloire d’être obéi par toutes ces natures désobéissantes. Cet empire lui était venu sans qu’il y songeât. Cela tenait au regard qu’il avait dans les yeux. L’œil de l’homme est une fenêtre par laquelle on voit les pensées qui vont et viennent dans sa tête.

Mettez un homme qui contient des idées parmi des hommes qui n’en contiennent pas, au bout d’un temps donné, et par une loi d’attraction irrésistible, tous les cerveaux ténébreux graviteront humblement et avec adoration autour du cerveau rayonnant. Il y a des hommes qui sont fer et des hommes qui sont aimant. Claude était aimant.

En moins de trois mois donc, Claude était devenu l’âme, la loi et l’ordre de l’atelier. Toutes ces aiguilles tournaient sur son cadran. Il devait douter lui-même par moments s’il était roi ou prisonnier. C’était une sorte de pape captif avec ses cardinaux.

Et, par une réaction toute naturelle, dont l’effet s'accomplit sur toutes les échelles, aimé des prisonniers, il était détesté des geôliers. Cela est toujours ainsi. La popularité ne va jamais sans la défaveur. L’amour des esclaves est toujours doublé de la haine des maîtres.

Claude Gueux était grand mangeur. C’était une particularité de son organisation. Il avait l’estomac fait de telle sorte que la nourriture de deux hommes ordinaires suffisait à peine à sa journée. M. de Cotadilla avait un de ces appétits-là, et en riait ; mais ce qui est une occasion de gaieté pour un duc, grand d'Espagne, qui a cinq cent mille moutons, est une charge pour un ouvrier et un malheur pour un prisonnier.

Claude Gueux, libre dans son grenier, travaillait tout le jour, gagnait son pain de quatre livres et le mangeait. Claude Gueux, en prison, travaillait tout le jour et recevait invariablement pour sa peine une livre et demie de pain et quatre onces de viande. La ration est inexorable. Claude avait donc habituellement faim dans la prison de Clairvaux.

Il avait faim, et c’était tout. Il n’en parlait pas. C’était sa nature ainsi.

Un jour, Claude venait de dévorer sa maigre pitance, et s’était remis à son métier, croyant tromper la faim par le travail. Les autres prisonniers mangeaient joyeusement. Un jeune homme, pâle, blanc, faible, vint se placer près de lui. Il tenait à la main sa ration, à laquelle il n’avait pas encore touché, et un couteau. Il restait là debout, près de Claude, ayant l’air de vouloir parler et de ne pas oser. Cet homme, et son pain, et sa viande, importunaient Claude.

— Que veux-tu ? dit-il enfin brusquement.

— Que tu me rendes un service, dit timidement le jeune homme.

— Quoi ? reprit Claude.

— Que tu m’aides à manger cela. J’en ai trop.

Une larme roula dans l’œil hautain de Claude. Il prit le couteau, partagea la ration du jeune homme en deux parts égales, en prit une, et se mit à manger.

— Merci, dit le jeune homme. Si tu veux, nous partagerons comme cela tous les jours.

— Comment t’appelles-tu ? dit Claude Gueux.

— Albin.

— Pourquoi es-tu ici ? reprit Claude.

— J’ai volé.

— Et moi aussi, dit Claude.

Ils partagèrent en effet de la sorte tous les jours. Claude Gueux avait trente-six ans, et par moments il en paraissait cinquante, tant sa pensée habituelle était sévère. Albin avait vingt ans, on lui en eût donné dix-sept, tant il y avait encore d’innocence dans le regard de ce voleur. Une étroite amitié se noua entre ces deux hommes, amitié de père à fils plutôt que de frère à frère. Albin était encore presque un enfant ; Claude était déjà presque un vieillard.

Ils travaillaient dans le même atelier, ils couchaient sous la même clef de voûte, ils se promenaient dans le même préau, ils mordaient au même pain. Chacun des deux amis était l’univers pour l’autre. Il paraît qu’ils étaient heureux.

Nous avons déjà parlé du directeur des ateliers. Cet homme, haï des prisonniers, était souvent obligé, pour se faire obéir d’eux, d’avoir recours à Claude Gueux, qui en était aimé. Dans plus d’une occasion, lorsqu’il s’était agi d’empêcher une rébellion ou un tumulte, l’autorité sans titre de Claude Gueux avait prêté main-forte à l’autorité officielle du directeur. En effet, pour contenir les prisonniers, dix paroles de Claude valaient dix gendarmes. Claude avait maintes fois rendu ce service au directeur. Aussi le directeur le détestait-il cordialement. Il était jaloux de ce voleur. Il avait au fond du cœur une haine secrète, envieuse, implacable, contre Claude, une haine de souverain de droit à souverain de fait, de pouvoir temporel à pouvoir spirituel.

Ces haines-là sont les pires.

Claude aimait beaucoup Albin, et ne songeait pas au directeur.

Un jour, un matin, au moment où les porte-clefs transvasaient les prisonniers deux à deux du dortoir dans l’atelier, un guichetier appela Albin, qui était à côté de Claude et le prévint que le directeur le demandait.

— Que te veut-on ? dit Claude.

— Je ne sais pas, dit Albin.

Le guichetier emmena Albin.

La matinée se passa, Albin ne revint pas à l’atelier. Quand arriva l’heure du repas, Claude pensa qu’il retrouverait Albin au préau. Albin n’était pas au préau. On rentra dans l’atelier, Albin ne reparut pas dans l’atelier. La journée s’écoula ainsi. Le soir, quand on ramena les prisonniers dans leur dortoir, Claude y chercha des yeux Albin, et ne le vit pas. Il paraît qu’il souffrait beaucoup dans ce moment-là, car il adressa la parole à un guichetier, ce qu’il ne faisait jamais.

— Est-ce qu’Albin est malade ? dit-il.

— Non, répondit le guichetier.

— D’où vient donc, reprit Claude, qu’il n’a pas reparu aujourd’hui ?

— Ah ! dit négligemment le porte-clefs, c’est qu’on l’a changé de quartier.

Les témoins qui ont déposé de ces faits plus tard remarquèrent qu’à cette réponse du guichetier la main de Claude, qui portait une chandelle allumée, trembla légèrement. Il reprit avec calme :

— Qui a donné cet ordre-là ?

Le guichetier répondit :

— M. D.

Le directeur des ateliers s’appelait M. D.

La journée du lendemain se passa comme la journée précédente, sans Albin.

Le soir, à l’heure de la clôture des travaux, le directeur, M. D. , vint faire sa ronde habituelle dans l’atelier. Du plus loin que Claude le vit, il ôta son bonnet de grosse laine, il boutonna sa veste grise, triste livrée de Clairvaux, car il est de principe dans les prisons qu’une veste respectueusement boutonnée prévient favorablement les supérieurs, et il se tint debout et son bonnet à la main à l’entrée de son banc, attendant le passage du directeur. Le directeur passa.

— Monsieur ! dit Claude.

Le directeur s’arrêta et se détourna à demi.

— Monsieur, reprit Claude, est-ce que c’est vrai qu’on a changé Albin de quartier ?

— Oui, répondit le directeur.

— Monsieur, poursuivit Claude, j’ai besoin d’Albin pour vivre.

Il ajouta :

— Vous savez que je n’ai pas assez de quoi manger avec la ration de la maison, et qu’Albin partageait son pain avec moi.

— C’était son affaire, dit le directeur.

— Monsieur, est-ce qu’il n’y aurait pas moyen de faire remettre Albin dans le même quartier que moi ?

— Impossible. Il y a décision prise.

— Par qui ?

— Par moi.

— Monsieur D. , reprit Claude, c’est la vie ou la mort pour moi, et cela dépend de vous.

— Je ne reviens jamais sur mes décisions.

— Monsieur, est-ce que je vous ai fait quelque chose ?

— Rien.

— En ce cas, dit Claude, pourquoi me séparez-vous d’Albin ?

— Parce que, dit le directeur.

Cette explication donnée, le directeur passa outre.

Claude baissa la tête et ne répliqua pas. Pauvre lion en cage à qui l’on ôtait son chien !

Nous sommes forcé de dire que le chagrin de cette séparation n’altéra en rien la voracité en quelque sorte maladive du prisonnier. Rien d’ailleurs ne parut sensiblement changé en lui. Il ne parlait d’Albin à aucun de ses camarades. Il se promenait seul dans le préau aux heures de récréation, et il avait faim. Rien de plus.

Cependant ceux qui le connaissaient bien remarquaient quelque chose de sinistre et de sombre qui s’épaississait chaque jour de plus en plus sur son visage. Du reste, il était plus doux que jamais.

Plusieurs voulurent partager leur ration avec lui, il refusa en souriant.

Tous les soirs, depuis l’explication que lui avait donnée le directeur, il faisait une espèce de chose folle qui étonnait de la part d’un homme aussi sérieux. Au moment où le directeur, ramené à heure fixe par sa tournée habituelle, passait devant le métier de Claude, Claude levait les yeux et le regardait fixement, puis il lui adressait d’un ton plein d’angoisse et de colère, qui tenait à la fois de la prière et de la menace, ces deux mots seulement : Et Albin ? Le directeur faisait semblant de ne pas entendre ou s’éloignait en haussant les épaules.

Cet homme avait tort de hausser les épaules, car il était évident pour tous les spectateurs de ces scènes étranges que Claude Gueux était intérieurement déterminé à quelque chose. Toute la prison attendait avec anxiété quel serait le résultat de cette lutte entre une ténacité et une résolution.

Il a été constaté qu’une fois entre autres Claude dit au directeur :

— Écoutez, monsieur, rendez-moi mon camarade. Vous ferez bien, je vous assure. Remarquez que je vous dis cela.

Une autre fois, un dimanche, comme il se tenait dans le préau, assis sur une pierre, les coudes sur les genoux et son front dans ses mains, immobile depuis plusieurs heures dans la même attitude, le condamné Faillette s’approcha de lui, et lui cria en riant :

— Que diable fais-tu donc là, Claude ?

Claude leva lentement sa tête sévère, et dit

Je juge quelqu’un.

Un soir enfin, le 25 octobre 1831, au moment où le directeur faisait sa ronde, Claude brisa sous son pied avec bruit un verre de montre qu’il avait trouvé le matin dans un corridor. Le directeur demanda d’où venait ce bruit.

— Ce n’est rien, dit Claude, c’est moi. Monsieur le directeur, rendez-moi mon camarade.

— Impossible, dit le maître.

— Il le faut pourtant, dit Claude d’une voix basse et ferme ; et, regardant le directeur en face, il ajouta :

— Réfléchissez. Nous sommes aujourd’hui le 25 octobre. Je vous donne jusqu’au 4 novembre.

Un guichetier fit remarquer à M. D. que Claude le menaçait, et que c’était un cas de cachot.

— Non, point de cachot, dit le directeur avec un sourire dédaigneux ; il faut être bon avec ces gens-là !

Le lendemain, le condamné Pernot aborda Claude, qui se promenait seul et pensif, laissant les autres prisonniers s’ébattre dans un petit carré de soleil à l’autre bout de la cour.

— Eh bien ! Claude, à quoi songes-tu ? tu parais triste.

Je crains, dit Claude, qu’il n’arrive bientôt quelque malheur à ce bon M. D.

Il y a neuf jours pleins du 25 octobre au 4 novembre. Claude n’en laissa pas passer un sans avertir gravement le directeur de l’état de plus en plus douloureux où le mettait la disparition d’Albin. Le directeur, fatigué, lui infligea une fois vingt-quatre heures de cachot, parce que la prière ressemblait trop à une sommation. Voilà tout ce que Claude obtint.

Le 4 novembre arriva. Ce jour-là, Claude s’éveilla avec un visage serein qu’on ne lui avait pas encore vu depuis le jour où la décision de M. D. l’avait séparé de son ami. En se levant, il fouilla dans une espèce de caisse de bois blanc qui était au pied de son lit, et qui contenait ses quelques guenilles. Il en tira une paire de ciseaux de couturière. C’était, avec un volume dépareillé de l’Émile, la seule chose qui lui restât de la femme qu’il avait aimée, de la mère de son enfant, de son heureux petit ménage d’autrefois. Deux meubles bien inutiles pour Claude ; les ciseaux ne pouvaient servir qu’à une femme, le livre qu’à un lettré. Claude ne savait ni coudre ni lire.

Au moment où il traversait le vieux cloître déshonoré et blanchi à la chaux qui sert de promenoir l’hiver, il s’approcha du condamné Ferrari, qui regardait avec attention les énormes barreaux d’une croisée. Claude tenait à la main la petite paire de ciseaux ; il la montra à Ferrari en disant :

— Ce soir je couperai ces barreaux-ci avec ces ciseaux-là.

Ferrari, incrédule, se mit à rire, et Claude aussi.

Ce matin-là, il travailla avec plus d’ardeur qu’à l’ordinaire ; jamais il n’avait fait si vite et si bien. Il parut attacher un certain prix à terminer dans la matinée un chapeau de paille que lui avait payé d’avance un honnête bourgeois de Troyes, M. Bressier.

Un peu avant midi, il descendit sous un prétexte à l’atelier des menuisiers, situé au rez-de-chaussée, au-dessous de l’étage où il travaillait. Claude était aimé là comme ailleurs, mais il y entrait rarement. Aussi :

— Tiens ! voilà Claude !

On l’entoura. Ce fut une fête. Claude jeta un coup d’œil rapide dans là salle. Pas un des surveillants n’y était.

— Qui est-ce qui a une hache à me prêter ? dit-il.

— Pourquoi faire ? lui demanda-t-on.

Il répondit :

— C’est pour tuer ce soir le directeur des ateliers.

On lui présenta plusieurs haches à choisir. Il prit la plus petite, qui était fort tranchante, la cacha dans son pantalon, et sortit. Il y avait là vingt-sept prisonniers. Il ne leur avait pas recommandé le secret. Tous le gardèrent.

Ils ne causèrent même pas de la chose entre eux.

Chacun attendit de son côté ce qui arriverait. L’affaire était terrible, droite et simple. Pas de complication possible. Claude ne pouvait être ni conseillé ni dénoncé.

Une heure après, il aborda un jeune condamné de seize ans qui bâillait dans le promenoir, et lui conseilla d’apprendre à lire. En ce moment, le détenu Faillette accosta Claude, et lui demanda ce que diable il cachait là dans son pantalon. Claude dit :

— C’est une hache pour tuer M. D. ce soir.

Il ajouta :

— Est-ce que cela se voit ?

— Un peu, dit Faillette.

Le reste de la journée fut à l’ordinaire. À sept heures du soir, on renferma les prisonniers, chaque section dans l’atelier qui lui était assigné ; et les surveillants sortirent des salles de travail, comme il paraît que c’est l’habitude, pour ne rentrer qu’après la ronde du directeur.

Claude Gueux fut donc verrouillé comme les autres dans son atelier avec ses compagnons de métier.

Alors il se passa dans cet atelier une scène extraordinaire, une scène qui n’est ni sans majesté ni sans terreur, la seule de ce genre qu’aucune histoire puisse raconter.

Il y avait là, ainsi que l’a constaté l’instruction judiciaire qui a eu lieu depuis, quatrevingt-deux voleurs, y compris Claude.

Une fois que les surveillants les eurent laissés seuls, Claude se leva debout sur son banc, et annonça à toute la chambrée qu’il avait quelque chose à dire. On fit silence.

Alors Claude haussa la voix et dit :

— Vous savez tous qu’Albin était mon frère. Je n’ai pas assez de ce qu’on me donne ici pour manger. Même en n'achetant que du pain avec le peu que je gagne, cela ne suffirait pas. Albin partageait sa ration avec moi ; je l’ai aimé d’abord parce qu’il m’a nourri, ensuite parce qu’il m’a aimé. Le directeur, M. D., nous a séparés. Cela ne lui faisait rien que nous fussions ensemble ; mais c’est un méchant homme, qui jouit de tourmenter. Je lui ai redemandé Albin. Vous avez vu, il n’a pas voulu. Je lui ai donné jusqu’au 4 novembre pour me rendre Albin. Il m’a fait mettre au cachot pour avoir dit cela. Moi, pendant ce temps-là, je l’ai jugé et je l’ai condamné à mort*. Nous sommes au 4 novembre. Il viendra dans deux heures faire sa tournée. Je vous préviens que je vais le tuer. Avez-vous quelque chose à dire à cela ?

Tous gardèrent le silence.

Claude reprit. Il parla, à ce qu’il paraît, avec une éloquence singulière, qui d’ailleurs lui était naturelle. Il déclara qu’il savait bien qu’il allait faire une action violente, mais qu’il ne croyait pas avoir tort. Il attesta la conscience des quatrevingt-un voleurs qui l’écoutaient :

Qu’il était dans une rude extrémité ;

Que la nécessité de se faire justice soi-même était un cul-de-sac où l’on se trouvait engagé quelquefois ;

Qu’à la vérité il ne pouvait prendre la vie du directeur sans donner la sienne propre, mais qu’il trouvait bon de donner sa vie pour une chose juste ;

Qu’il avait mûrement réfléchi, et à cela seulement, depuis deux mois ;

Qu’il croyait bien ne pas se laisser entraîner par le ressentiment, mais que, dans le cas où cela serait, il suppliait qu’on l’en avertit ;

Qu’il soumettait honnêtement ses raisons aux hommes justes qui l’écoutaient ;

Qu’il allait donc tuer M. D., mais que, si quelqu’un avait une objection à lui faire, il était prêt à l’écouter.

Une voix seulement s’éleva, et dit qu’avant de tuer le directeur, Claude devait essayer une dernière fois de lui parler et de le fléchir.

— C’est juste, dit Claude, et je le ferai.

Huit heures sonnèrent à la grande horloge. Le directeur devait venir à neuf heures.

Une fois que cette étrange cour de cassation eut en quelque sorte ratifié la sentence qu’il avait portée, Claude reprit toute sa sérénité. Il mit sur une table tout ce qu’il possédait en linge et en vêtements, la pauvre dépouille du prisonnier, et, appelant l’un après l’autre ceux de ses compagnons qu’il aimait le plus après Albin, il leur distribua tout. Il ne garda que la petite paire de ciseaux.

Puis il les embrassa tous. Quelques-uns pleuraient, il souriait à ceux-là.

Il y eut, dans cette heure dernière, des instants où il causa avec tant de tranquillité et même de gaieté, que plusieurs de ses camarades espéraient intérieurement, comme ils l’ont déclaré depuis, qu’il abandonnerait peut-être sa résolution. Il s’amusa même une fois à éteindre une des rares chandelles qui éclairaient l’atelier avec le souffle de sa narine, car il avait de mauvaises habitudes d’éducation qui dérangeaient sa dignité naturelle plus souvent qu’il n’aurait fallu. Rien ne pouvait faire que cet ancien gamin des rues n’eût point par moments l’odeur du ruisseau de Paris.

Il aperçut un jeune condamné qui était pâle, qui le regardait avec des yeux fixes, et qui tremblait, sans doute dans l’attente de ce qu’il allait voir.

— Allons, du courage, jeune homme ! lui dit Claude doucement, ce ne sera que l’affaire d’un instant.

Quand il eut distribué toutes ses hardes, fait tous ses adieux, serré toutes les mains, il interrompit quelques causeries inquiètes qui se faisaient çà et là dans les coins obscurs de l’atelier, et il commanda qu’on se remît au travail. Tous obéirent en silence.

L’atelier où ceci se passait était une salle oblongue, un long parallélogramme percé de fenêtres sur ses deux grands côtés, et de deux portes qui se regardaient à ses deux extrémités. Les métiers étaient rangés de chaque côté près des fenêtres, les bancs touchant le mur à angle droit, et l’espace resté libre entre les deux rangées de métiers formait une sorte de longue voie qui allait en ligne droite de l'une des portes à l’autre et traversait ainsi toute la salle. C’était cette longue voie, assez étroite, que le directeur avait à parcourir en faisant son inspection ; il devait entrer par la porte sud et ressortir par la porte nord, après avoir regardé les travailleurs à droite et à gauche. D’ordinaire il faisait ce trajet assez rapidement et sans s’arrêter.

Claude s’était replacé lui-même à son banc, et il s’était remis au travail, comme Jacques Clément se fût remis, à la prière.

Tous attendaient. Le moment approchait. Tout à coup on entendit un coup de cloche. Claude dit :

— C’est l’avant-quart.

Alors il se leva, traversa gravement une partie de la salle, et alla s’accouder sur l’angle du premier métier à gauche, tout à côté de la porte d’entrée. Son visage était parfaitement calme et bienveillant.

Neuf heures sonnèrent. La porte s’ouvrit. Le directeur entra.

En ce moment-là, il se fit dans l’atelier un silence de statues.

Le directeur était seul comme d’habitude.

Il entra avec sa figure joviale, satisfaite et inexorable, ne vit pas Claude qui était debout à gauche de la porte, la main droite cachée dans son pantalon, et passa rapidement devant les premiers métiers, hochant la tête, mâchant ses paroles, et jetant çà et là son regard banal, sans s’apercevoir que tous les yeux qui l’entouraient étaient fixés sur une idée terrible.

Tout à coup il se détourna brusquement, surpris d’entendre un pas derrière lui.

C’était Claude, qui le suivait en silence depuis quelques instants.

— Que fais-tu là, toi ? dit le directeur ; pourquoi n’es-tu pas à ta place ?

Car un homme n’est plus un homme là, c’est un chien, on le tutoie.

Claude Gueux répondit respectueusement :

— C’est que j’ai à vous parler, monsieur le directeur.

— De quoi ?

— D’Albin.

— Encore ! dit le directeur.

— Toujours ! dit Claude.

— Ah çà ! reprit le directeur continuant de marcher, tu n’as donc pas eu assez de vingt-quatre heures de cachot ?

Claude répondit en continuant de le suivre :

— Monsieur le directeur, rendez-moi mon camarade.

— Impossible !

— Monsieur le directeur, dit Claude avec une voix qui eût attendri le démon, je vous en supplie, remettez Albin avec moi, vous verrez comme je travaillerai bien. Vous qui êtes libre, cela vous est égal, vous ne savez pas ce que c’est qu’un ami ; mais, moi, je n’ai que les quatre murs de ma prison. Vous pouvez aller et venir, vous ; moi je n’ai qu’Albin. Rendez-le-moi. Albin me nourrissait, vous le savez bien. Cela ne vous coûterait que la peine de dire oui. Qu’est-ce que cela vous fait qu’il y ait dans la même salle un homme qui s’appelle Claude Gueux et un autre qui s’appelle Albin ? Car ce n’est pas plus compliqué que cela. Monsieur le directeur, mon bon monsieur D. , je vous supplie vraiment, au nom du ciel !

Claude n’en avait peut-être jamais tant dit à la fois à un geôlier. Après cet effort, épuisé, il attendit. Le directeur répliqua avec un geste d’impatience :

— Impossible. C’est dit. Voyons, ne m’en reparle plus. Tu m’ennuies.

Et, comme il était pressé, il doubla le pas. Claude aussi. En parlant ainsi, ils étaient arrivés tous deux près de la porte de sortie ; les quatrevingts voleurs regardaient et écoutaient, haletants.

Claude toucha doucement le bras du directeur.

— Mais au moins que je sache pourquoi je suis condamné à mort. Dites-moi pourquoi vous l’avez séparé de moi.

— Je te l’ai déjà dit, répondit le directeur, parce que.

Et, tournant le dos à Claude, il avança la main vers le loquet de la porte de sortie.

À la réponse du directeur, Claude avait reculé d’un pas. Les quatrevingts statues qui étaient là virent sortir de son pantalon sa main droite avec la hache. Cette main se leva, et, avant que le directeur eût pu pousser un cri, trois coups de hache, chose affreuse à dire, assénés tous les trois dans la même entaille, lui avaient ouvert le crâne. Au moment où il tombait à la renverse, un quatrième coup lui balafra le visage ; puis, comme une fureur lancée ne s’arrête pas court, Claude Gueux lui fendit la cuisse droite d’un cinquième coup inutile. Le directeur était mort.

Alors Claude jeta la hache et cria : À l’autre maintenant ! L’antre, c’était lui. On le vit tirer de sa veste les petits ciseaux de « sa femme », et, sans que personne songeât à l’en empêcher, il se les enfonça dans la poitrine. La laine était courte, la poitrine était profonde. Il y fouilla longtemps et à plus de vingt reprises en criant — Cœur de damné, je ne te trouverai donc pas ! — Et enfin il tomba baigné dans son sang, évanoui sur le mort.

Lequel des deux était la victime de l’autre ?

Quand Claude reprit connaissance, il était dans un lit, couvert de linges et de bandages, entouré de soins. Il avait auprès de son chevet de bonnes sœurs de charité, et de plus un juge d’instruction qui instrumentait et qui lui demanda avec beaucoup d’intérêt :

Comment vous trouvez-vous ?

Il avait perdu une grande quantité de sang, mais les ciseaux avec lesquels il avait eu la superstition touchante de se frapper avaient mal fait leur devoir ; aucun des coups qu’il s’était portés n’était dangereux. Il n’y avait de mortelles pour lui que les blessures qu’il avait faites à M. D.

Les interrogatoires commencèrent. On lui demanda si c’était lui qui avait tué le directeur des ateliers de la prison de Clairvaux. Il répondit : Oui. On lui demanda pourquoi. Il répondit : Parce que.

Cependant, à un certain moment, ses plaies s’envenimèrent ; il fut pris d’une fièvre mauvaise dont il faillit mourir.

Novembre, décembre, janvier et février se passèrent en soins et en préparatifs ; médecins et juges s’empressaient autour de Claude ; les uns guérissaient ses blessures, les autres dressaient son échafaud.

Abrégeons. Le 16 mars 1832, il parut, étant parfaitement guéri, devant la cour d’assises de Troyes. Tout ce que la ville peut donner de foule était là.

Claude eut une bonne attitude devant la cour. Il s’était fait raser avec soin, il avait la tête nue, il portait ce morne habit des prisonniers de Clairvaux, mi-parti de deux espèces de gris.

Le procureur du roi avait encombré la salle de toutes les bayonnettes de l’arrondissement, « afin, dit-il à l’audience, de contenir tous les scélérats qui devaient figurer comme témoins dans cette affaire ».

Lorsqu’il fallut entamer les débats, il se présenta une difficulté singulière. Aucun des témoins des événements du 4 novembre ne voulait déposer contre Claude. Le président les menaça de son pouvoir discrétionnaire. Ce fut en vain. Claude alors leur commanda de déposer. Toutes les langues se délièrent. Ils dirent ce qu’ils avaient vu.

Claude les écoutait tous avec une profonde attention. Quand l’un d’eux, par oubli, ou par affection pour Claude, omettait des faits à la charge de l’accusé, Claude les rétablissait.

De témoignage en témoignage, la série des faits que nous venons de développer se déroula devant la cour.

Il y eut un moment où les femmes qui étaient là pleurèrent. L’huissier appela le condamné Albin. C’était son tour de déposer. Il entra en chancelant ; il sanglotait. Les gendarmes ne purent empêcher qu’il n’allât tomber dans les bras de Claude. Claude le soutint et dit en souriant au procureur du roi — Voilà un scélérat qui partage son pain avec ceux qui ont faim.

— Puis il baisa la main d’Albin.

La liste des témoins épuisée, monsieur le procureur du roi se leva et prit la parole en ces termes — Messieurs les jurés, la société serait ébranlée jusque dans ses fondements, si la vindicte publique n’atteignait pas les grands coupables comme celui qui, etc.

Après ce discours mémorable, l’avocat de Claude parla. La plaidoirie contre et la plaidoirie pour firent, chacune à leur tour, les évolutions qu’elles ont coutume de faire dans cette espèce d’hippodrome qu’on appelle un procès criminel.

Claude jugea que tout n’était pas dit. Il se leva à son tour. Il parla de telle sorte qu’une personne intelligente qui assistait à cette audience s’en revint frappée d’étonnement.

Il paraît que ce pauvre ouvrier contenait bien plutôt un orateur qu’un assassin. Il parla debout, avec une voix pénétrante et bien ménagée, avec un œil clair, honnête et résolu, avec un geste presque toujours le même, mais plein d’empire. Il dit les choses comme elles étaient, simplement, sérieusement, sans charger ni amoindrir, convint de tout, regarda l’article 296 en face, et posa sa tête dessous. Il eut des moments de véritable haute éloquence qui faisaient remuer la foule, et où l’on se répétait à l’oreille dans l'auditoire ce qu’il venait de dire.

Cela faisait un murmure pendant lequel Claude reprenait haleine en jetant un regard fier sur les assistants.

Dans d’autres instants, cet homme qui ne savait pas lire était doux, poli, choisi, comme un lettré ; puis, par moments encore, modeste, mesuré, attentif, marchant pas à pas dans la partie irritante de la discussion, bienveillant pour les juges.

Une fois seulement, il se laissa aller à une secousse de colère. Le procureur du roi avait établi dans le discours que nous avons cité en entier que Claude Gueux avait assassiné le directeur des ateliers sans voie de fait ni violence de la part du directeur, par conséquent sans provocation.

— Quoi ! s’écria Claude, je n’ai pas été provoqué ! Ah ! oui, vraiment, c’est juste, je vous comprends. Un homme ivre me donne un coup de poing, je le tue, j’ai été provoqué, vous me faites grâce, vous m’envoyez aux galères. Mais un homme qui n’est pas ivre et qui a toute sa raison me comprime le cœur pendant quatre ans, m’humilie pendant quatre ans, me pique tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes, d’un coup d’épingle à quelque place inattendue pendant quatre ans ! J’avais une femme pour qui j’ai volé, il me torture avec cette femme ; j’avais un enfant pour qui j’ai volé, il me torture avec cet enfant ; je n’ai pas assez de pain, un ami m’en donne, il m’ôte mon ami et mon pain. Je redemande mon ami, il me met au cachot. Je lui dis vous, à lui mouchard, il me dit tu. Je lui dis que je souffre, il me dit que je l’ennuie. Alors que voulez-vous que je fasse ? Je le tue. C’est bien, je suis un monstre, j’ai tué cet homme, je n’ai pas été provoqué, vous me coupez la tête. Faites.

Mouvement sublime, selon nous, qui faisait tout à coup surgir, au-dessus du système de la provocation matérielle, sur lequel s’appuie l’échelle mal proportionnée des circonstances atténuantes, toute une théorie de la provocation morale oubliée par la loi.

Les débats fermés, le président fit son résumé impartial et lumineux. Il en résulta ceci. Une vilaine vie. Un monstre en effet. Claude Gueux avait commencé par vivre en concubinage avec une fille publique, puis il avait volé, puis il avait tué. Tout cela était vrai.

Au moment d’envoyer les jurés dans leur chambre, le président demanda à l’accusé s’il avait quelque chose à dire sur la position des questions.

— Peu de chose, dit Claude. Voici, pourtant. Je suis un voleur et un assassin ; j’ai volé et tué. Mais pourquoi ai-je volé ? pourquoi ai-je tué ? Posez ces deux questions à côté des autres, messieurs les jurés.

Après un quart d’heure de délibération, sur la déclaration des douze champenois qu’on appelait messieurs les jurés, Claude Gueux fut condamné à mort.

Il est certain que, dès l’ouverture des débats, plusieurs d’entre eux avaient remarqué que l’accusé s’appelait Gueux, ce qui leur avait fait une impression profonde.

On lut son arrêt à Claude, qui se contenta de dire :

C’est bien. Mais pourquoi cet homme a-t-il volé ? Pourquoi cet homme a-t-il tué ? Voilà deux questions auxquelles ils ne répondent pas.

Rentré dans la prison, il soupa gaiement et dit :

— Trente-six ans de faits !

Il ne voulut pas se pourvoir en cassation. Une des sœurs qui l’avaient soigné vint l’en prier avec larmes. Il se pourvut par complaisance pour elle. Il paraît qu’il résista jusqu’au dernier instant, car, au moment où il signa son pourvoi sur le registre du greffé ; le délai légal des trois jours était expiré depuis quelques minutes.

La pauvre fille reconnaissante lui donna cinq francs. Il prit l’argent et la remercia.

Pendant que son pourvoi pendait, des offres d’évasion lui furent faites par les prisonniers de Troyes, qui s’y dévouaient tous. Il refusa.

Les détenus jetèrent successivement dans son cachot, par le soupirail, un clou, un morceau de fil de fer et une anse de seau. Chacun de ces trois outils eût suffi, à un homme aussi intelligent que l’était Claude, pour limer ses fers. Il remit l’anse, le fil de fer et le clou au guichetier.

Le 8 juin 1832, sept mois et quatre jours après le fait, l’expiation arriva, pede claudo, comme on voit. Ce jour-là, à sept heures du matin, le greffier du tribunal entra dans le cachot de Claude, et lui annonça qu’il n’avait plus qu’une heure à vivre.

Son pourvoi était rejeté.

— Allons, dit Claude froidement, j’ai bien dormi cette nuit, sans me douter que je dormirais encore mieux la prochaine.

Il paraît que les paroles des hommes forts doivent toujours recevoir de l’approche de la mort une certaine grandeur.

Le prêtre arriva, puis le bourreau. Il fut humble avec le prêtre, doux avec l’autre. Il ne refusa ni son âme, ni son corps.

Il conserva une liberté d’esprit parfaite. Pendant qu’on lui coupait les cheveux, quelqu’un parla, dans un coin du cachot, du choléra qui menaçait Troyes en ce moment.

— Quant à moi, dit Claude avec un sourire, je n'ai pas peur du choléra.

Il écoutait d’ailleurs le prêtre avec une attention extrême, en s’accusant beaucoup et en regrettant de n'avoir pas été instruit dans la religion.

Sur sa demande, on lui avait rendu les ciseaux avec lesquels il s’était frappé. Il y manquait une lame, qui s’était brisée dans sa poitrine. Il pria le geôlier de faire porter de sa part ces ciseaux à Albin. Il dit aussi qu’il désirait qu’on ajoutât à ce legs la ration de pain qu’il aurait dû manger ce jour-là.

Il pria ceux qui lui lièrent les mains de mettre dans sa main droite la pièce de cinq francs que lui avait donnée la sœur, la seule chose qui lui restât désormais.

À huit heures moins un quart, il sortit de la prison, avec tout le lugubre cortège ordinaire des condamnés. Il était à pied, pâle, l’oeil fixé sur le crucifix du prêtre, mais marchant d’un pas ferme.

On avait choisi ce jour-là pour l’exécution, parce que c’était jour de marché, afin qu’il y eût le plus de regards possible sur son passage ; car il paraît qu’il y a encore en France des bourgades à demi sauvages où, quand la société tue un homme, elle s’en vante.

Il monta sur l’échafaud gravement, l’œil toujours fixé sur le gibet du Christ. Il voulut embrasser le prêtre, puis le bourreau, remerciant l’un, pardonnant à l’autre. Le bourreau le repoussa doucement, dit une relation. Au moment où l’aide le liait sur la hideuse mécanique, il fit signe au prêtre de prendre la pièce de cinq francs qu’il avait dans sa main droite, et lui dit :

Pour les pauvres.

Comme huit heures sonnaient en ce moment, le bruit du beffroi de l’horloge couvrit sa voix, et le confesseur lui répondit qu’il n’entendait pas. Claude attendit l’intervalle de deux coups et répéta avec douceur :

Pour les pauvres.

Le huitième coup n’était pas encore sonné que cette noble et intelligente tête était tombée.

Admirable effet des exécutions publiques ! ce jour-là même, la machine étant encore debout au milieu d’eux et pas lavée, les gens du marché s’ameutèrent pour une question de tarif et faillirent massacrer un employé de l’octroi. Le doux peuple que vous font ces lois-là !

Nous avons cru devoir raconter en détail l’histoire de Claude Gueux, parce que, selon nous, tous les paragraphes de cette histoire pourraient servir de têtes de chapitre au livre où serait résolu le grand problème du peuple au dix-neuvième siècle.

Dans cette vie importante il y a deux phases principales : avant la chute, après la chute ; et, sous ces deux phases, deux questions : question de l’éducation, question de la pénalité ; et, entre ces deux questions, la société tout entière.

Cet homme, certes, était bien né, bien organisé, bien doué. Que lui a-t-il donc manqué ? Réfléchissez.

C’est là le grand problème de proportion dont la solution, encore à trouver, donnera l’équilibre universel : Que la société fasse toujours pour l’individu autant que la nature.

Voyez Claude Gueux. Cerveau bien fait, cœur bien fait, sans nul doute. Mais le sort le met dans une société si mal faite, qu’il finit, par voler ; la société le met dans une prison si mal faite, qu’il finit par tuer.

Qui est réellement coupable ?

Est-ce lui ?

Est-ce nous ?

Questions sévères, questions poignantes, qui sollicitent à cette heure toutes les intelligences, qui nous tirent tous tant que nous sommes par le pan de notre habit, et qui nous barreront un jour si complètement le chemin, qu’il faudra bien les regarder en face et savoir ce qu’elles nous veulent.

Celui qui écrit ces lignes essaiera de dire bientôt peut-être de quelle façon il les comprend.

Quand on est en présence de pareils faits, quand on songe à la manière dont ces questions nous pressent, on se demande à quoi pensent ceux qui gouvernent, s’ils ne pensent pas à cela.

Les Chambres, tous les ans, sont gravement occupées.

Il est sans doute très important de désenfler les sinécures et d’écheniller le budget ; il est très important de faire des lois pour que j’aille, déguisé en soldat, monter patriotiquement la garde à la porte de M. le comte de Lobau, que je ne connais pas et que je ne veux pas connaître, ou pour me contraindre à parader au carré Marigny, sous le bon plaisir de mon épicier, dont on a fait mon officier**.

Il est important, députés ou ministres, de fatiguer et de tirailler toutes les choses et toutes les idées de ce pays dans des discussions pleines d’avortements ; il est essentiel, par exemple, de mettre sur la sellette et d’interroger et de questionner à grands cris, et sans savoir ce qu’on dit, l’art du dix-neuvième siècle, ce grand et sévère accusé qui ne daigne pas répondre et qui fait bien ; il est expédient de passer son temps, gouvernants et législateurs, en conférences classiques qui font hausser les épaules aux maîtres d’école de la banlieue ; il est utile de déclarer que c'est le drame moderne qui a inventé l’inceste, l’adultère, le parricide, l’infanticide et l’empoisonnement, et de prouver par là qu’on ne connaît ni Phèdre, ni Jocaste, ni Œdipe, ni Médée, ni Rodogune ; il est indispensable que les orateurs politiques de ce pays ferraillent, trois grands jours durant, à propos du budget, pour Corneille et Racine, contre on ne sait qui, et profitent de cette occasion littéraire pour s’enfoncer les uns les autres à qui mieux mieux dans la gorge de grandes fautes de français jusqu’à la garde.

Tout cela est important ; nous croyons cependant qu’il pourrait y avoir des choses plus importantes encore.

Que dirait la Chambre, au milieu des futiles démêlés qui font si souvent colleter le ministère par l’opposition et l’opposition par le ministère, si, tout à coup, des bancs de la Chambre ou de la tribune publique, qu’importe ? quelqu’un se levait et disait ces sérieuses paroles :

— Taisez-vous, qui que vous soyez, vous qui parlez ici, taisez-vous ! vous croyez être dans la question, vous n’y êtes pas.

La question, la voici. La justice vient, il y a un an à peine, de déchiqueter un homme à Pamiers avec un eustache ; à Dijon, elle vient d’arracher la tête à une femme ; à Paris, elle fait, barrière Saint-Jacques, des exécutions inédites.

Ceci est la question. Occupez-vous de ceci.

Vous vous querellerez après pour savoir si les boutons de la garde nationale doivent être blancs ou jaunes, et si l’assurance est une plus belle chose que la certitude.

Messieurs des centres, messieurs des extrémités, le gros du peuple souffre !

Que vous l’appeliez république ou que vous l’appeliez monarchie, le peuple souffre, ceci est un fait.

Le peuple a faim, le peuple a froid. La misère le pousse au crime ou au vice, selon le sexe. Ayez pitié du peuple, à qui le bagne prend ses fils, et le lupanar ses filles. Vous avez trop de forçats, vous avez trop de prostituées.

Que prouvent ces deux ulcères ?

Que le corps social a un vice dans le sang.

Vous voilà réunis en consultation au chevet du malade ; occupez-vous de la maladie.

Cette maladie, vous la traitez mal. Étudiez-là mieux. Les lois que vous faites, quand vous en faites, ne sont que des palliatifs et des expédients. Une moitié de vos codes est routine, l’autre moitié empirisme.

La flétrissure était une cautérisation qui gangrenait la plaie ; peine insensée que celle qui pour la vie scellait et rivait le crime sur le criminel ! qui en faisait deux amis, deux compagnons, deux inséparables !

Le bagne est un vésicatoire absurde qui laisse résorber, non sans l’avoir rendu pire encore, presque tout le mauvais sang qu’il extrait. La peine de mort est une amputation barbare.

Or, flétrissure, bagne, peine de mort, trois choses qui se tiennent. Vous avez supprimé la flétrissure ; si vous êtes logiques, supprimez le reste.

Le fer rouge, le boulet et le couperet, c’étaient les trois parties d’un syllogisme.

Vous avez ôté le fer rouge ; le boulet et le couperet n’ont plus de sens. Farinace était atroce ; mais il n’était pas absurde.

Démontez-moi cette vieille échelle boiteuse des crimes et des peines, et refaites-la. Refaites votre pénalité, refaites vos codes, refaites vos prisons, refaites vos juges. Remettez les lois au pas des mœurs.

Messieurs, il se coupe trop de têtes par an en France. Puisque vous êtes en train de faire des économies, faites-en là-dessus.

Puisque vous êtes en verve de suppressions, supprimez le bourreau. Avec la solde de vos quatrevingts bourreaux, vous payerez six cents maîtres d’école.

Songez au gros du peuple. Des écoles pour les enfants, des ateliers pour les hommes.

Savez-vous que la France est un des pays de l’Europe où il y a le moins de natifs qui sachent lire ! Quoi ! là Suisse sait lire, la Belgique. sait lire, le Danemark sait lire, la Grèce sait lire, l’Irlande sait lire, et la France ne sait pas lire ? c’est une honte.

Allez dans les bagnes. Appelez autour de vous toute la chiourme. Examinez un à un tous ces damnés de la loi humaine. Calculez l’inclinaison de tous ces profils, tâtez tous ces crânes. Chacun de ces hommes tombés a au-dessous de lui son type bestial ; il semble que chacun d’eux soit le point d’intersection de telle ou telle espèce animale avec l’humanité. Voici le loup-cervier, voici le chat, voici le singe, voici le vautour, voici la hyène. Or, de ces pauvres têtes mal conformées, le premier tort est à la nature sans doute, le second à l’éducation.

La nature a mal ébauché, l’éducation a mal retouché l’ébauche. Tournez vos soins de ce côté. Une bonne éducation au peuple. Développez de votre mieux ces malheureuses têtes, afin que l’intelligence qui est dedans puisse grandir.

Les nations ont le crâne bien ou mal fait selon leurs institutions.

Rome et la Grèce avaient le front haut. Ouvrez le plus que vous pourrez l’angle facial du peuple.

Quand la France saura lire, ne laissez pas sans direction cette intelligence que vous aurez développée. Ce serait un autre désordre. L’ignorance vaut encore mieux que la mauvaise science. Non. Souvenez-vous qu’il y a un livre plus philosophique que Le Compère Mathieu, plus populaire que le Constitutionnel, plus éternel que la charte de 1830 ; c’est l’Écriture sainte. Et ici un mot d’explication.

Quoi que vous fassiez, le sort de la grande foule, de la multitude, de la majorité, sera toujours relativement pauvre, et malheureux, et triste. À elle le dur travail, les fardeaux à pousser, les fardeaux à traîner, les fardeaux à porter.

Examinez cette balance : toutes les jouissances dans le plateau du riche, toutes les misères dans le plateau du pauvre. Les deux parts ne sont-elles pas inégales ? La balance ne doit-elle pas nécessairement pencher, et l’état avec elle ?

Et maintenant dans le lot du pauvre, dans le plateau des misères, jetez la certitude d’un avenir céleste, jetez l’aspiration au bonheur éternel, jetez le paradis, contre-poids magnifique ! Vous rétablissez l’équilibre. La part du pauvre est aussi riche que la part du riche.

C’est ce que savait Jésus, qui en savait plus long que Voltaire.

Donnez au peuple qui travaille et qui souffre, donnez au peuple, pour qui ce monde-ci est mauvais, la croyance à un meilleur monde fait pour lui.

Il sera tranquille, il sera patient. La patience est faite d’espérance.

Donc ensemencez les villages d’évangiles. Une bible par cabane. Que chaque livre et chaque champ produisent à eux deux un travailleur moral.

La tête de l’homme du peuple, voilà la question. Cette tête est pleine de germes utiles. Employez pour la faire mûrir et venir à bien ce qu’il y a de plus lumineux et de mieux tempéré dans la vertu.

Tel a assassiné sur les grandes routes qui, mieux dirigé, eût été le plus excellent serviteur de la cité.

Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la ; vous n’aurez pas besoin de la couper.

 


*. Textuel.
**. Il va sans dire que nous n’entendons pas attaquer ici la patrouille urbaine, chose utile, qui garde la rue, le seuil et le foyer ; mais seulement la parade, le pompon, la gloriole et le tapage militaire, choses ridicules, qui ne servent qu’à faire du bourgeois une parodie du soldat.

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 13:42

 

Roman d'Oscar Wilde publié en 1890.

images-copie-10CHAPITRE I

Lord Henry Wotton est dans l'atelier de son ami peintre Basil Hallward qui est en train de réaliser un portrait à la pienture à l'huile. Lord Henry trouve ce tableau très réussi et Basil lui explique que c'est parce qu'il a mis énormément de sa personne dans cette œuvre. Elle est d'ailleurs si personnelle qu'il refuse de la montrer au grand public. Puis, leur conversation dérive sur le modèle, un jeune homme nommé Dorian Gray. Le peintre estime avoir une relation exceptionnelle avec lui et il pense que c'est grâce à cela que ses œuvres sont de cette qualité.

Dorian Gray se présente au domicile du peintre.

CHAPITRE II

Lord Henry fait la connaissance de Dorian Gray et entreprend une discussion avec lui alors qu'il sert de modèle au peintre. Henry est fasciné par le jeune homme, par sa beauté, mais surtout par sa jeunesse. De son côté, Henry intéresse et trouble le jeune homme notamment parce qu'il énonce une série d'aphorismes et de contradictions. Un thème est particulièrement évoqué : celui de la jeunesse et de son aspect éphémère. Dorian reste perplexe après avoir entendu les "vérités" de Lord Henry.

Le peintre a terminé le portrait du jeune homme. Ce dernier, face à l'œuvre, ressent une soudaine tristesse mêlée d'admiration : son portrait ne va pas vieillir alors que lui va être irrémédiablement marqué par la vie et perdre sa jeunesse.

 

CHAPITRE III

Le lendemain, Lord Henry rend visite à son oncle. C'est l'occasion pour eux de discuter et d'évoquer Dorian Gray et une connaissance commune : tante Agatha ( dont Dorian est le dernier protégé). Puis Henry se rend chez cette femme pour dîner. S'en suit une conversation mondaine portant sur leurs amis et leurs relations, ainsi que sur les opinions et paradoxes énoncés par Henry.

 

CHAPITRE IV

Un mois plus tard, Dorian annonce à Lord Henry qu'il est tombé amoureux d'une jeune comédienne qu'il a découvert lors d'une représentation théâtrale. Elle l'a séduit et il a pris l'habitude d'aller la voir jouer tous les soirs des pièces de Shakespeare. Elle s'appelle Sybil Vane et il a décidé de l'épouser. Lord Henry est ravi et trouve que Dorian se comporte tout à fait comme un jeune homme de son âge et de sa condition. Il le félicite. Il pense que Dorian est "un sujet manifestement fait à sa main et apparemment prometteur de résultats riches et abondants.

 

CHAPITRE V

Sibyl annonce à sa mère son mariage. Cette dernière lui demande de se méfier mais la jeune fille ne veut rien entendre et se laisse dévorer par sa passion. Son frère est lui aussi hostile à ce mariage mais sans résultat sur Sibyl.

 

CHAPITRE VI

Dorian Gray s'apprête à présenter celle qu'il aime à ses deux amis.

 

CHAPITRE VII

Les trois amis se rendent au théâtre pour assister à une représentation de Roméo et Juliette dans laquelle Sibyl joue le premier rôle féminin. Sa prestation est très mauvaise. Les deux amis de Dorian quitte les lieux laissant le jeune homme humilié et désespéré. A la fin du spectacle, il retrouve Sibyl et lui annonce qu'il la quitte : elle l'a trop déçu par sa mauvaise prestation, il ne peut plus l'aimer dans ces conditions. Celle-ci s'effondre de tristesse.

 

CHAPITRE VIII

Le lendemain, Dorian se réveille tard et repense à la soirée de la veille. Puis, il se place devant la peinture de son portrait et constate avec stupéfaction que celui-ci s'est transformé : il porte la marque de sa rupture avec sa promise. Perplexe, il décide d'aller retrouver la jeune fille et de se réconcilier avec elle pour l'épouser.

Lord Henry arrive chez lui et lui apprend une terrible nouvelle : Sibyl a mis fin à ses jours. Dorian est effondré mais Henry l'invite à sortir et à oublier ses idées noires et cette triste nouvelle. Il pense avec cynisme que la jeune fille a eu une belle mort.

CHAPITRE IX

 

Basil rend visite à Dorian. Il lui annonce qu'il souhaite exposer son portrait. Dorian lui reproche son changement d'avis sur l'exposition de la toile et refuse catégoriquement de lui montrer. Basil repart alors que le jeune homme lui a dit qu'il ne poserait plus jamais pour lui.

 

CHAPITRE X

Dorian est terrorisé à l'idée que l'on puisse voir son tableau et que quelqu'un découvre son terrible secret. Il fait monter l'œuvre dans le grenier de sa demeure.

 

CHAPITRE XI

Les années passent. Dorian est fasciné par la beauté et par toutes sortes de sensations qu'il cherche à obtenir à tout prix.

 

CHAPITRE XII

Basil Hallward rend visite à Dorian la veille de son trente-huitième anniversaire. Cela fait longtemps qu'ils ne se sont pas rencontrés. Le peintre demande à son ami si sa mauvaise réputation est justifiée. Il lui rapporte qu'il entend les pires horreurs à son sujet et que certaines personnes refusent même de se retrouver dans la même pièce que lui. Il lui explique qu'il lui a longtemps voué une admiration sans borne et qu'il ne comprend pas toutes ces critiques.

Dorian répond que cette réputation est justifiée et pour lui prouver à quel point son âme est mauvaise, il décide de montrer au peintre le portrait qui se trouve dans le grenier.

 

CHAPITRE XIII

L'auteur du tableau croît au début qu'il n'est pas devant son oeuvre. Puis, il reconnaît sa signature. Il est effaré par la laideur du portrait. Il implore Dorian de prier et de changer de comportement. L'autre, agacé par cette réaction, prend un couteau et le plante dans la gorge du peintre. Puis, il quitte le grenier en laissant le corps tel qu'il est. Il pense qu'il ne peut être accusé de ce crime car le peintre allait se rendre à Paris après sa visite et il se dit que sa disparition ne pourra être remarquée tout se suite.

 

CHAPITRE XIV

Dorian envoie un message à un de ses anciens amis médecin (avec qui il était brouillé) lui demandant de se rendre à son domicile. Lorsque ce dernier se présente, il apprend qu'il a été appelé pour débarrasser le grenier du corps de la victime. Il refuse tout d'abord puis il est contraint d'accepter car Dorian le menace de dévoiler des informations qu'il a sur lui. L'autre monte et fait disparaître le corps.

 

CHAPITRE XV

Dans la soirée, Dorian se rend chez une ami chez qui il s'ennuie jusqu'à l'arrivée de Henry. Il ne peut rien avaler et participe à peine aux conversations. Il reste évasif sur son emploi du temps de la veille. Puis, il rentre chez lui et brûle les affaires du peintre qui étaient restées dans sa bibliothèque. Il demande ensuite à un cocher de le conduire dans le quartier où se trouvent les fumeries d'Opium.

CHAPITRE XVI

Là-bas, dans un café, il retrouve un ancien ami avec qui il discute. Une des femmes qui travaille et qui le connaît depuis longtemps l'appelle par son vieux surnom "le prince charmant" alors qu'il quitte le café pour se rendre dans un autre qui lui convient mieux. Sur le trajet un homme l'agresse : il s'agit du frère de Sibyl qui l'a reconnu grâce au surnom qu'il a entendu prononcé. L'homme le recherche depuis des années pour se venger. Dorain arrive à sauver sa peau en expliquant qu'il ne peut être celui qu'il recherche car il est beaucoup trop jeune. L'autre, confus, s'excuse et regrette son geste. Seulement, quelques minutes plus tard, une des femmes du café apprend à James Vane que l'homme qu'il a retrouvé était bien celui qu'il cherchait et qu'il est resté si jeune à cause d'un pacte qu'il a conclu avec le diable.

CHAPITRE XVII

 

Alors qu'il se trouve dans sa résidence à la campagne avec ses amis, Dorian fait un malaise et perd connaissance. Il croît avoir vu au travers de la vitre de la serre le visage de James Vane apparaître. Auparavant, il avait montré peu d'entrain aux conversations mondaines.

 

CHAPITRE XVIII

Durant plusieurs jours, il reste enfermé dans sa chambre, très angoissé par l'idée de sa mort. Puis, il se remet à sortir et accompagne un de ses invités à la chasse. Alors que ce dernier vise un lièvre, Dorian lui demande de ne pas tirer, mais trop tard. Le coup part et le chasseur constate qu'il a tiré sur un homme, certainement un rabatteur qui n'était pas au bon endroit. L'homme et mort.

Quelques moments plus tard, Dorian Gray est appelé pour constater que la victime n'était pas un rabatteur mais quelqu'un que personne ne connaît : Dorian reconnaît James Vane et laisse échapper un cri de joie. Il éprouve un grand soulagement en regagnant sa chambre.

 

CHAPITRE XIX

Dorian annonce à Henry qu'il a décidé de changer. Il lui raconte qu'il s'est bien comporté avec une femme de la campagne qu'il a rencontrée : il l'a quittée avant de la déshonorer. Henry ne le félicite pas et n'est pas convaincu que l'attitude de Dorian est celle qu'il devrait avoir.

Ils évoquent ensuite la disparition de Basil dont tout le monde parle. Henry pense qu'on va le retrouver à l'étranger car selon lui le peintre est trop stupide et pauvre pour être assassiné. Dorian lui demande ce que son ami dirait s'il lui annonçait qu'il avait assassiné Basil. Henry lui répond qu'il en est incapable et que le crime est un acte trop vulgaire pour qu'il le commette.

Henry propose à Dorian de sortir mais ce dernier refuse. Dorian quitte le domicile de son ami pour rentrer chez lui.

 

CHAPITRE XX

Arrivé chez lui, il se met à réfléchir : est-il possible pour lui de changer? Puis, il monte voir son portrait pour voir si celui-ci porte les traces de ses bonnes résolutions. Au contraire, le portrait est encore plus marqué et la tache de sang qui était apparue sur une de ses mains s'est étalée. Il y a maintenant beaucoup de rouge sur le tableau.

Alors, il décide d'utiliser le couteau qui est resté là depuis le meurtre de Basil et de poignarder son portrait. Les domestiques, réveillés par le bruit découvrent le corps de Dorian Gray par terre : il est vieilli et terriblement marqué, tant qu'il en est méconnaissable. En revanche le portrait du tableau est magnifique et représente leur maître tel qu'il était dans sa jeunesse.

 

 

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 13:49

Le Roman


    Je n'ai point l'intention de plaider ici pour le petit roman qui suit. Tout au contraire les idées que je vais essayer de faire comprendre entraîneraient plutôt la critique du genre d'étude psychologique que j'ai entrepris dans Pierre et Jean.
    Je veux m'occuper du Roman en général.
    Je ne suis pas le seul à qui le même reproche soit adressé par les mêmes critiques, chaque fois que paraît un livre nouveau.
    Au milieu de phrases élogieuses, je trouve régulièrement celle-ci, sous les mêmes plumes:
    "Le plus grand défaut de cette oeuvre, c'est qu'elle n'est pas un roman à proprement parler."
    On pourrait répondre par le même argument:
    "Le plus grand défaut de l'écrivain qui me fait l'honneur de me juger, c'est qu'il n'est pas un critique."
    Quels sont en effet les caractères essentiels du critique?
    Il faut que, sans parti pris, sans opinions préconçues, sans idées d'école, sans attaches avec aucune famille d'artistes, il comprenne, distingue et explique toutes les tendances les plus opposées, les tempéraments les plus contraires, et admette les recherches d'art les plus diverses.
    Or, le critique qui, après Manon Lescaut, Paul et Virginie, Don Quichotte, Les Liaisons dangereuses, Werther, Les Affinités électives, Clarisse Harlowe, Emile, Candide, Cinq-Mars, René, Les Trois Mousquetaires, Mauprat, Le Père Goriot, La Cousine Bette, Colomba, Le Rouge et le Noir, Mademoiselle de Maupin, Notre-Dame de Paris, Salammbô, Madame Bovary, Adolphe, M. de Camors, L'Assommoir, Sapho, etc., ose encore écrire: "Ceci est un roman et cela n'en est pas un", me paraît doué d'une perspicacité qui ressemble fort à de l'incompétence.
    Généralement ce critique entend par roman une aventure plus ou moins vraisemblable, arrangée à la façon d'une pièce de théâtre en trois actes dont le premier contient l'exposition, le second l'action et le troisième le dénouement.
    Cette manière de composer est absolument admissible à la condition qu'on acceptera également toutes les autres.
    Existe-t-il des règles pour faire un roman, en dehors desquelles une histoire écrite devrait porter un autre nom?
    Si Don Quichotte est un roman, Le Rouge et le Noir en est-il un autre? Si Monte-Cristo est un roman, L'Assommoir en est-il un? Peut-on établir une comparaison entre Les Affînités électives de Goethe, Les Trois Mousquetaires de Dumas, Madame Bovary de Flaubert, M. de Camors de M. Feuillet et Germinal de E. Zola? Laquelle de ces oeuvres est un roman?
    Quelles sont ces fameuses règles? D'où viennent-elles? Qui les a établies? En vertu de quel principe, de quelle autorité et de quels raisonnements?
    Il semble cependant que ces critiques savent d'une façon certaine, indubitable, ce qui constitue un roman et ce qui le distingue d'un autre qui n'en est pas un. Cela signifie tout simplement que, sans être des producteurs, ils sont enrégimentés dans une école, et qu'ils rejettent, à la façon des romanciers eux-mêmes, toutes les oeuvres conçues et exécutées en dehors de leur esthétique.
    Un critique intelligent devrait, au contraire, rechercher tout ce qui ressemble le moins aux romans déjà faits, et pousser autant que possible les jeunes gens à tenter des voies nouvelles.
    Tous les écrivains, Victor Hugo comme M. Zola, ont réclamé avec persistance le droit absolu, droit indiscutable, de composer, c'est-à-dire d'imaginer ou d'observer, suivant leur conception personnelle de l'art. Le talent provient de l'originalité, qui est une manière spéciale de penser, de voir, de comprendre et de juger. Or, le critique qui prétend définir le Roman suivant l'idée qu'il s'en fait d'après les romans qu'il aime, et établir certaines règles invariables de composition, luttera toujours contre un tempérament d'artiste apportant une manière nouvelle. Un critique, qui mériterait absolument ce nom, ne devrait être qu'un analyste sans tendances, sans préférences, sans passions, et, comme un expert en tableaux, n'apprécier que la valeur artiste de l'objet d'art qu'on lui soumet. Sa compréhension, ouverte à tout, doit absorber assez complètement sa personnalité pour qu'il puisse découvrir et vanter les livres mêmes qu'il n'aime pas comme homme et qu'il doit comprendre comme juge.
    Mais la plupart des critiques ne sont, en somme, que des lecteurs, d'où il résulte qu'ils nous gourmandent presque toujours à faux ou qu'ils nous complimentent sans réserve et sans mesure.
    Le lecteur, qui cherche uniquement dans un livre à satisfaire la tendance naturelle de son esprit, demande à l'écrivain de répondre à son goût prédominant, et il qualifie invariablement de remarquable ou de bien écrit l'ouvrage ou le passage qui plaît à son imagination idéaliste, gaie, grivoise, triste, rêveuse ou positive.
    En somme, le public est composé de groupes nombreux qui nous crient:
    - Consolez-moi.
    - Amusez-moi.
    - Attristez-moi.
    - Attendrissez-moi.
    - Faites-moi rêver.
    - Faites-moi rire.
    - Faites-moi frémir.
    - Faites-moi pleurer.
    - Faites-moi penser.
    Seuls, quelques esprits d'élite demandent à l'artiste:
    "Faites-moi quelque chose de beau, dans la forme qui vous conviendra le mieux, suivant votre tempérament."
    L'artiste essaie, réussit ou échoue.
    Le critique ne doit apprécier le résultat que suivant la nature de l'effort; et il n'a pas le droit de se préoccuper des tendances.
    Cela a été écrit déjà mille fois. Il faudra toujours le répéter.
    Donc, après les écoles littéraires qui ont voulu nous donner une vision décornée, surhumaine, poétique, attendrissante, charmante ou superbe de la vie, est venue une école réaliste ou naturaliste qui a prétendu nous montrer la vérité, rien que la vérité et toute la vérité.
    Il faut admettre avec un égal intérêt ces théories d'art si différentes et juger les oeuvres qu'elles produisent, uniquement au point de vue de leur valeur artistique en acceptant a priori les idées générales d'où elles sont nées.
    Contester le droit d'un écrivain de faire une oeuvre poétique ou une oeuvre réaliste, c'est vouloir le forcer à modifier son tempérament, récuser son originalité, ne pas lui permettre de se servir de l'oeil et de l'intelligence que la nature lui a donnés.
    Lui reprocher de voir les choses belles ou laides, petites ou épiques, gracieuses ou sinistres, c'est lui reprocher d'être conformé de telle ou telle façon et de ne pas avoir une vision concordant avec la nôtre.
    Laissons-le libre de comprendre, d'observer, de concevoir comme il lui plaira, pourvu qu'il soit un artiste. Devenons poétiquement exaltés pour juger un idéaliste et prouvons-lui que son rêve est médiocre, banal, pas assez fou ou magnifique. Mais si nous jugeons un naturaliste, montrons-lui en quoi la vérité dans la vie diffère de la vérité dans son livre.
    Il est évident que des écoles si différentes ont dû employer des procédés de composition absolument opposés.
    Le romancier qui transforme la vérité constante, brutale et déplaisante, pour en tirer une aventure exceptionnelle et séduisante, doit, sans souci exagéré de la vraisemblance manipuler les événements à son gré, les préparer et les arranger pour plaire au lecteur, l'émouvoir ou l'attendrir. Le plan de son roman n'est qu'une série de combinaisons ingénieuses conduisant avec adresse au dénouement. Les incidents sont disposés et gradués vers le point culminant et l'effet de la fin, qui est un événement capital et décisif, satisfaisant toutes les curiosités éveillées au début, mettant une barrière à l'intérêt, et terminant si complètement l'histoire racontée qu'on ne désire plus savoir ce que deviendront, le lendemain, les personnages les plus attachants.
    Le romancier, au contraire, qui prétend nous donner une image exacte de la vie, doit éviter avec soin tout enchaînement d'événements qui paraîtrait exceptionnel. Son but n'est point de nous raconter une histoire, de nous amuser ou de nous attendrir, mais de nous forcer à penser, à comprendre le sens profond et caché des événements. A force d'avoir vu et médité il regarde l'univers, les choses, les faits et les hommes d'une certaine façon qui lui est propre et qui résulte de l'ensemble de ses observations réfléchies. C'est cette vision personnelle du monde qu'il cherche à nous communiquer en la reproduisant dans un livre. Pour nous émouvoir, comme il l'a été lui-même par le spectacle de la vie, il doit la reproduire devant nos yeux avec une scrupuleuse ressemblance. Il devra donc composer son oeuvre d'une manière si adroite, si dissimulée, et d'apparence si simple, qu'il soit impossible d'en apercevoir et d'en indiquer le plan, de découvrir ses intentions.
    Au lieu de machiner une aventure et de la dérouler de façon à la rendre intéressante jusqu'au dénouement, il prendra son ou ses personnages à une certaine période de leur existence et les conduira, par des transitions naturelles, jusqu'à la période suivante. Il montrera de cette façon, tantôt comment les esprits se modifient sous l'influence des circonstances environnantes, tantôt comment se développent les sentiments et les passions, comment on s'aime, comment on se hait, comment on se combat dans tous les milieux sociaux, comment luttent les intérêts bourgeois, les intérêts d'argent, les intérêts de famille, les intérêts politiques.
    L'habileté de son plan ne consistera donc point dans l'émotion ou dans le charme, dans un début attachant ou dans une catastrophe émouvante, mais dans le groupement adroit des petits faits constants d'où se dégagera le sens définitif de l'oeuvre. S'il fait tenir dans trois cents pages dix ans d'une vie pour montrer quelle a été, au milieu de tous les êtres qui l'ont entourée, sa signification particulière et bien caractéristique, il devra savoir éliminer, parmi les menus événements innombrables et quotidiens tous ceux qui lui sont inutiles, et mettre en lumière, d'une façon spéciale, tous ceux qui seraient demeurés inaperçus pour des observateurs peu clairvoyants et qui donnent au livre sa portée, sa valeur d'ensemble.
    On comprend qu'une semblable manière de composer, si différente de l'ancien procédé visible à tous les yeux, déroute souvent les critiques, et qu'ils ne découvrent pas tous les fils si minces, si secrets, presque invisibles, employés par certains artistes modernes à la place de la ficelle unique qui avait nom: l'Intrigue.
    En somme, si le Romancier d'hier choisissait et racontait les crises de la vie, les états aigus de l'âme et du coeur, le Romancier d'aujourd'hui écrit l'histoire du coeur, de l'âme et de l'intelligence à l'état normal. Pour produire l'effet qu'il poursuit, c'est-à-dire l'émotion de la simple réalité, et pour dégager l'enseignement artistique qu'il en veut tirer, c'est-à-dire la révélation de ce qu'est véritablement l'homme contemporain devant ses yeux, il devra n'employer que des faits d'une vérité irrécusable et constante.
    Mais en se plaçant au point de vue même de ces artistes réalistes, on doit discuter et contester leur théorie qui semble pouvoir être résumée par ces mots: "Rien que la vérité et toute la vérité."
    Leur intention étant de dégager la philosophie de certains faits constants et courants, ils devront souvent corriger les événements au profit de la vraisemblance et au détriment de la vérité, car

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.


    Le réaliste, s'il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même.
    Raconter tout serait impossible, car il faudrait alors un volume au moins par journée, pour énumérer les multitudes d'incidents insignifiants qui emplissent notre existence.
    Un choix s'impose donc, - ce qui est une première atteinte à la théorie de toute la vérité.
    La vie, en outre, est composée des choses les plus différentes, les plus imprévues, les plus contraires, les plus disparates; elle est brutale, sans suite, sans chaîne, pleine de catastrophes inexplicables, illogiques et contradictoires qui doivent être classées au chapitre faits divers.
    Voilà pourquoi l'artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée de hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera tout le reste, tout l'à-côté.
    Un exemple entre mille:
    Le nombre des gens qui meurent chaque jour par accident est considérable sur la terre. Mais pouvons-nous faire tomber une tuile sur la tête d'un personnage principal, ou le jeter sous les roues d'une voiture, au milieu d'un récit, sous prétexte qu'il faut faire la part de l'accident?
    La vie encore laisse tout au même plan, précipite les faits ou les traîne indéfiniment. L'art, au contraire, consiste à user de précautions et de préparations, à ménager des transitions savantes et dissimulées, à mettre en pleine lumière, par la seule adresse de la composition, les événements essentiels et à donner à tous les autres le degré de relief qui leur convient, suivant leur importance, pour produire la sensation profonde de la vérité spéciale qu'on veut montrer.
    Faire vrai consiste donc à donner l'illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession.
    J'en conclus que les Réalistes de talent devraient s'appeler plutôt des Illusionnistes.
    Quel enfantillage, d'ailleurs, de croire à la réalité puisque nous portons chacun la nôtre dans notre pensée et dans nos organes. Nos yeux, nos oreilles, notre odorat, notre goût différents créent autant de vérités qu'il y a d'hommes sur la terre. Et nos esprits qui reçoivent les instructions de ces organes, diversement impressionnés, comprennent, analysent et jugent comme si chacun de nous appartenait à une autre race.
    Chacun de nous se fait donc simplement une illusion du monde, illusion poétique, sentimentale, joyeuse, mélancolique, sale ou lugubre suivant sa nature. Et l'écrivain n'a d'autre mission que de reproduire fidèlement cette illusion avec tous les procédés d'art qu'il a appris et dont il peut disposer.
    Illusion du beau qui est une convention humaine! Illusion du laid qui est une opinion changeante! Illusion du vrai jamais immuable! Illusion de l'ignoble qui attire tant d'êtres! Les grands artistes sont ceux qui imposent à l'humanité leur illusion particulière.
    Ne nous fâchons donc contre aucune théorie puisque chacune d'elles est simplement l'expression généralisée d'un tempérament qui s'analyse.
    Il en est deux surtout qu'on a souvent discutées en les opposant l'une à l'autre au lieu de les admettre l'une et l'autre: celle du roman d'analyse pure et celle du roman objectif. Les partisans de l'analyse demandent que l'écrivain s'attache à indiquer les moindres évolutions d'un esprit et tous les mobiles les plus secrets qui déterminent nos actions, en n'accordant au fait lui-même qu'une importance très secondaire. Il est le point d'arrivée, une simple borne, le prétexte du roman. Il faudrait donc, d'après eux, écrire ces oeuvres précises et rêvées où l'imagination se confond avec l'observation, à la manière d'un philosophe composant un livre de psychologie, exposer les causes en les prenant aux origines les plus lointaines, dire tous les pourquoi de tous les vouloirs et discerner toutes les réactions de l'âme agissant sous l'impulsion des intérêts, des passions ou des instincts.
    Les partisans de l'objectivité (quel vilain mot!) prétendant au contraire, nous donner la représentation exacte de ce qui a lieu dans la vie, évitent avec soin toute explication compliquée, toute dissertation sur les motifs, et se bornent à faire passer sous nos yeux les personnages et les événements.
    Pour eux, la psychologie doit être cachée dans le livre comme elle est cachée en réalité sous les faits dans l'existence.
    Le roman conçu de cette manière y gagne de l'intérêt, du mouvement dans le récit, de la couleur, de la vie remuante.
    Donc, au lieu d'expliquer longuement l'état d'esprit d'un personnage, les écrivains objectifs cherchent l'action ou le geste que cet état d'âme doit faire accomplir fatalement à cet homme dans une situation déterminée. Et ils le font se conduire de telle manière, d'un bout à l'autre du volume, que tous ses actes, tous ses mouvements, soient le reflet de sa nature intime, de toutes ses pensées, de toutes ses volontés ou de toutes ses hésitations. Ils cachent donc la psychologie au lieu de l'étaler, ils en font la carcasse de l'oeuvre, comme l'ossature invisible est la carcasse du corps humain. Le peintre qui fait notre portrait ne montre pas notre squelette.
    Il me semble aussi que le roman exécuté de cette façon y gagne en sincérité. Il est d'abord plus vraisemblable, car les gens que nous voyons agir autour de nous ne nous racontent point les mobiles auxquels ils obéissent.
    Il faut ensuite tenir compte de ce que, si, à force d'observer les hommes, nous pouvons déterminer leur nature assez exactement pour prévoir leur manière d'être dans presque toutes les circonstances, si nous pouvons dire avec précision: "Tel homme de tel tempérament, dans tel cas, fera ceci", il ne s'ensuit point que nous puissions déterminer, une à une, toutes les secrètes évolutions de sa pensée qui n'est pas la nôtre, toutes les mystérieuses sollicitations de ses instincts qui ne sont pas pareils aux nôtres, toutes les incitations confuses de sa nature dont les organes, les nerfs, le sang, la chair, sont différents des nôtres.
    Quel que soit le génie d'un homme faible, doux, sans passions, aimant uniquement la science et le travail, jamais il ne pourra se transporter assez complètement dans l'âme et dans le corps d'un gaillard exubérant, sensuel, violent, soulevé par tous les désirs et même par tous les vices, pour comprendre et indiquer les impulsions et les sensations les plus intimes de cet être si différent, alors même qu'il peut fort bien prévoir et raconter tous les actes de sa vie.
    En somme, celui qui fait de la psychologie pure ne peut que se substituer à tous ses personnages dans les différentes situations où il les place, car il lui est impossible de changer ses organes, qui sont les seuls intermédiaires entre la vie extérieure et nous, qui nous imposent leurs perceptions, déterminent notre sensibilité, créent en nous une âme essentiellement différente de toutes celles qui nous entourent. Notre vision, notre connaissance du monde acquise par le secours de nos sens, nos idées sur la vie, nous ne pouvons que les transporter en partie dans tous les personnages dont nous prétendons dévoiler l'être intime et inconnu. C'est donc toujours nous que nous montrons dans le corps d'un roi, d'un assassin, d'un voleur ou d'un honnête homme, d'une courtisane, d'une religieuse, d'une jeune fille ou d'une marchande aux halles, car nous sommes obligés de nous poser ainsi le problème: "Si j'étais roi, assassin, voleur, courtisane, religieuse, jeune fille ou marchande aux halles, qu'est-ce que je ferais, qu'est-ce que je penserais, comment est-ce que j'agirais?" Nous ne diversifions donc nos personnages qu'en changeant l'âge, le sexe, la situation sociale et toutes les circonstances de la vie de notre moi que la nature a entouré d'une barrière d'organes infranchissable.
    L'adresse consiste à ne pas laisser reconnaître ce moi par le lecteur sous tous les masques divers qui nous servent à le cacher.
    Mais si, au seul point de vue de la complète exactitude, la pure analyse psychologique est contestable, elle peut cependant nous donner des oeuvres d'art aussi belles que toutes les autres méthodes de travail.
    Voici, aujourd'hui, les symbolistes. Pourquoi pas? Leur rêve d'artistes est respectable; et ils ont cela de particulièrement intéressant qu'ils savent et qu'ils proclament l'extrême difficulté de l'art.
    Il faut être, en effet, bien fou, bien audacieux, bien outrecuidant ou bien sot, pour écrire encore aujourd'hui! Après tant de maîtres aux natures si variées, au génie si multiple, que reste-t-il à faire qui n'ait été fait, que reste-t-il à dire qui n'ait été dit? Qui peut se vanter, parmi nous, d'avoir écrit une page, une phrase qui ne se trouve déjà, à peu près pareille, quelque part? Quand nous lisons, nous, si saturés d'écriture française que notre corps entier nous donne l'impression d'être une pâte faite avec des mots, trouvons-nous jamais une ligne, une pensée qui ne nous soit familière, dont nous n'ayons eu, au moins, le confus pressentiment?
    L'homme qui cherche seulement à amuser son public par des moyens déjà connus, écrit avec confiance, dans la candeur de sa médiocrité, des oeuvres destinées à la foule ignorante et désoeuvrée. Mais ceux sur qui pèsent tous les siècles de la littérature passée, ceux que rien ne satisfait, que tout dégoûte, parce qu'ils rêvent mieux, à qui tout semble défloré déjà, à qui leur oeuvre donne toujours l'impression d'un travail inutile et commun, en arrivent à juger l'art littéraire une chose insaisissable, mystérieuse, que nous dévoilent à peine quelques pages des plus grands maîtres.
    Vingt vers, vingt phrases, lus tout à coup nous font tressaillir jusqu'au coeur comme une révélation surprenante; mais les vers suivants ressemblent à tous les vers, la prose qui coule ensuite ressemble à toutes les proses.
    Les hommes de génie n'ont point, sans doute, ces angoisses et ces tourments, parce qu'ils portent en eux une force créatrice irrésistible. Ils ne se jugent pas eux-mêmes. Les autres, nous autres qui sommes simplement des travailleurs conscients et tenaces, nous ne pouvons lutter contre l'invincible découragement que par la continuité de l'effort.
    Deux hommes par leurs enseignements simples et lumineux m'ont donné cette force de toujours tenter: Louis Bouilhet et Gustave Flaubert.
    Si je parle ici d'eux et de moi, c'est que leurs conseils, résumés en peu de lignes, seront peut-être utiles à quelques jeunes gens moins confiants en eux-mêmes qu'on ne l'est d'ordinaire quand on débute dans les lettres.
    Bouilhet, que je connus le premier d'une façon un peu intime, deux ans environ avant de gagner l'amitié de Flaubert, à force de me répéter que cent vers, peut-être moins, suffisent à la réputation d'un artiste, s'ils sont irréprochables et s'ils contiennent l'essence du talent et de l'originalité d'un homme même de second ordre, me fit comprendre que le travail continuel et la connaissance profonde du métier peuvent, un jour de lucidité, de puissance et d'entraînement, par la rencontre heureuse d'un sujet concordant bien avec toutes les tendances de notre esprit, amener cette éclosion de l'oeuvre courte, unique et aussi parfaite que nous la pouvons produire.
    je compris ensuite que les écrivains les plus connus n'ont presque jamais laissé plus d'un volume et qu'il faut, avant tout, avoir cette chance de trouver et de discerner, au milieu de la multitude des matières qui se présentent à notre choix, celle qui absorbera toutes nos facultés, toute notre valeur, toute notre puissance artiste.
    Plus tard, Flaubert, que je voyais quelquefois, se prit d'affection pour moi. J'osai lui soumettre quelques essais. Il les lut avec bonté et me répondit: "je ne sais pas si vous aurez du talent. Ce que vous m'avez apporté prouve une certaine intelligence, mais n'oubliez point ceci, jeune homme, que le talent - suivant le mot de Buffon - n'est qu'une longue patience. Travaillez."
    Je travaillai, et je revins souvent chez lui, comprenant que je lui plaisais, car il s'était mis à m'appeler, en riant son disciple.
    Pendant sept ans je fis des vers, je fis des contes, je fis des nouvelles, je fis même un drame détestable. Il n'en est rien resté. Le maître lisait tout, puis le dimanche suivant, en déjeunant, développait ses critiques et enfonçait en moi, peu à peu, deux ou trois principes qui sont le résumé de ses longs et patients enseignements. "Si on a une originalité, disait-il, il faut avant tout la dégager; si on n'en a pas, il faut en acquérir une."
    - Le talent est une longue patience. - Il s'agit de regarder tout ce qu'on veut exprimer assez longtemps et avec assez d'attention pour en découvrir un aspect qui n'ait été vu et dit par personne. Il y a, dans tout, de l'inexploré, parce que nous sommes habitués à ne nous servir de nos yeux qu'avec le souvenir de ce qu'on a pensé avant nous sur ce que nous contemplons. La moindre chose contient un peu d'inconnu. Trouvons-le. Pour décrire un feu qui flambe et un arbre dans une plaine, demeurons en face de ce feu et de cet arbre jusqu'à ce qu'ils ne ressemblent plus, pour nous, à aucun autre arbre et à aucun autre feu.
    C'est de cette façon qu'on devient original.
    Ayant, en outre, posé cette vérité qu'il n'y a pas, de par le monde entier, deux grains de sable, deux mouches, deux mains ou deux nez absolument pareils, il me forçait à exprimer, en quelques phrases, un être ou un objet de manière à le particulariser nettement, à le distinguer de tous les autres êtres ou de tous les autres objets de même race ou de même espèce.
    "Quand vous passez, me disait-il, devant un épicier assis sur sa porte, devant un concierge qui fume sa pipe, devant une station de fiacres, montrez-moi cet épicier et ce concierge, leur pose, toute leur apparence physique contenant aussi, indiquée par l'adresse de l'image, toute leur nature morale, de façon à ce que je ne les confonde avec aucun autre épicier ou avec aucun autre concierge, et faites-moi voir, par un seul mot, en quoi un cheval de fiacre ne ressemble pas aux cinquante autres qui le suivent et le précèdent."
    J'ai développé ailleurs ses idées sur le style. Elles ont de grands rapports avec la théorie de l'observation que je viens d'exposer.
    Quelle que soit la chose qu'on veut dire, il n'y a qu'un mot pour l'exprimer, qu'un verbe pour l'animer et qu'un adjectif pour la qualifier. Il faut donc chercher, jusqu'à ce qu'on les ait découverts, ce mot, ce verbe et cet adjectif, et ne jamais se contenter de l'à-peu-près, ne jamais avoir recours à des supercheries, mêmes heureuses, à des clowneries de langage pour éviter la difficulté.
    On peut traduire et indiquer les choses les plus subtiles en appliquant ce vers de Boileau:

D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir.


    Il n'est point besoin du vocabulaire bizarre, compliqué, nombreux et chinois qu'on nous impose aujourd'hui sous le nom d'écriture artiste, pour fixer toutes les nuances de la pensée; mais il faut discerner avec une extrême lucidité toutes les modifications de la valeur d'un mot suivant la place qu'il occupe. Ayons moins de noms, de verbes et d'adjectifs aux sens presque insaisissables, mais plus de phrases différentes, diversement construites, ingénieusement coupées, pleines de sonorités et de rythmes savants. Efforçons-nous d'être des stylistes excellents plutôt que des collectionneurs de termes rares.
    Il est, en effet, plus difficile de manier la phrase à son gré, de lui faire tout dire, même ce qu'elle n'exprime pas, de l'emplir de sous-entendus, d'intentions secrètes et non formulées, que d'inventer des expressions nouvelles ou de rechercher, au fond de vieux livres inconnus, toutes celles dont nous avons perdu l'usage et la signification, et qui sont pour nous comme des verbes morts.
    La langue française, d'ailleurs, est une eau pure que les écrivains maniérés n'ont jamais pu et ne pourront jamais troubler. Chaque siècle a jeté dans ce courant limpide ses modes, ses archaïsmes prétentieux et ses préciosités, sans que rien surnage de ces tentatives inutiles, de ces efforts impuissants. La nature de cette langue est d'être claire, logique et nerveuse. Elle ne se laisse pas affaiblir, obscurcir ou corrompre.
    Ceux qui font aujourd'hui des images, sans prendre garde aux termes abstraits, ceux qui font tomber la grêle ou la pluie sur la propreté des vitres, peuvent aussi jeter des pierres à la simplicité de leurs confrères! Elles frapperont peut-être les confrères qui ont un corps, mais n'atteindront jamais la simplicité qui n'en a pas.




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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 14:00

pierre-et-jean.jpgCourt roman publié en 1887

CHAPITRE I

Le roman s'ouvre sur une partie de pêche en mer. Le père Roland a invité sa femme et une amie, Madame Rosémilly, à l'accompagner pour cette sortie en mer. Sont aussi présents sur le bateau leurs deux fils : Pierre, l'aîné et Jean. Ceux-ci sont tous deux attirés par Mme Rosémilly mais elle semble accorder sa préférence à Jean. D'ailleurs, ce dernier est aussi le préféré de la famille, jugé plus posé et plus stable que son aîné.

Lorsqu'ils rentrent dans leur maison du Havre, ils apprennent que le notaire va leur rendre visite dans la soirée. Celui-ci se présente après avoir suscité de nombreuses interrogations sur les motifs de sa venue, et leur apprend que Jean est l'héritier d'un des amis de la famille qui vient de mourir.

Le père Roland se réjouit, les deux frères vont faire un tour, tandis que la mère constate que Pierre est lésé dans cette affaire.

CHAPITRE II

Pierre se promène dans les rues du Havre, indécis. Arrivé sur le port, il croise Jean à qui il dit qu'il est content pour lui et qu'il l'aime. Jean, ému, le remercie. Puis Pierre continue sa promenade, il est las et ne sait pas vraiment où aller. Il décide de rendre visite à un vieil ami pharmacien. Après avoir bu un verre de liqueur avec lui, il lui annonce la nouvelle de l'héritage. Son ami paraît surpris et fâché, il répète plusieurs fois : "ça ne fera pas un bon effet"

CHAPITRE III

Pierre décide de faire fortune en travaillant. Il cherche à louer un appartement qui lui servirait de cabinet pour recevoir ses patients (il est médecin). Il en trouve un mais n'a pas l'argent nécessaire pour verser le premier loyer. Il se dit qu'il va demander à son frère de lui en prêter. Puis, il pense aux bénéfices de fréquenter une femme et il décide d'aller retrouver la serveuse qu'il voit de temps en temps. Il lui raconte que son frère -qu'elle connaît de vue- vient d'hériter. Etonnée, la jeune fille lui dit qu'il n'est pas étonnant que Pierre n'ait rien eu vu comme il ressemble si peu à son frère.

Pierre se souvient alors de la remarque de son ami pharmacien et, comprenant que son père n'est pas celui de Jean, il imagine le scandale que cet héritage va causer.

Lorsqu'il rentre chez lui pour déjeuner, il trouve tout le monde à table, ayant commencé le repas sans l'attendre. Il souhaite parler à son frère pour l'avertir de ses soupçons. Il n'y parvient pas et se montre très irrité avec les autres (particulièrement avec son père). Il apprend à la fin du repas que Maréchal (le donateur) était un "fidèle ami".

CHAPITRE IV

Pierre continue à se demander si Maréchal est le père de Jean, il ne sait que penser et alterne les doutes et les certitudes. En rentrant chez lui, il apprend que sa mère a loué pour Jean l'appartement qu'il avait repéré pour en faire son cabinet de médecin. Cela le met en colère. Il sort faire une promenade en barque et continue à réfléchir. Il cherche à obtenir des preuves dans ses souvenirs. Finalement, indécis, il rêve de quitter la France sur un des bateaux qu'il voit dans le port mais se résigne à rester, sans argent pour s'offrir le voyage.

CHAPITRE V

Pendant la nuit, Pierre est réveillé par ses angoisses. Le lendemain matin, il décide d'aller passer la journée à Trouville. Il se souvient d'un petit médaillon représentant Maréchal qui était auparavant exposé dans le salon et décide d'aller demander à sa mère si elle sait où il se trouve. Avant de partir pour la journée, il lui  rend visite dans sa chambre et lui demande de lui donner l'objet afin de l'offrir à Jean en souvenir de Maréchal. Celle-ci indique qu'elle ne sait plus exactement où il se trouve. Le soir, quand il rentre après une excursion pendant laquelle il n'a cessé de rêvasser, il demande à sa mère si elle a retrouvé le médaillon. Celle-ci lui répond que non, et le père Roland lui indique qu'il est dans le secrétaire - meuble dans lequel, selon lui, elle l'a laissé quelques jours plus tôt. Gênée, elle va chercher le portrait et le tend à son fils. Il y voit quelques traits de ressemblance avec Jean. Sa mère comprend qu'il a des soupçons, surtout quand elle le voit cacher le médaillon à l'annonce de la venue de Mme Romilly (il a peur qu'elle découvre l'air de famille). Quand la jeune femme arrive, Pierre quitte la pièce.

CHAPITRE VI

Mme Roland est souvent prise de malaises et elle semble aller de plus en plus mal. Pierre n'est pas en forme non plus et il ne voit sa famille qu'au moment des repas. Jean est presque installé dans son appartement. Pour fêter son nouveau logement, il organise une partie de campagne. Alors qu'ils sont partis pêcher dans les roches, Jean déclare son amour à Mme Rosémilly et lui fait sa demande en mariage. Elle accepte et il s'empresse d'aller l'annoncer à sa mère qui est restée à l'écart avec Pierre ( la mère et le fils ont d'ailleurs eu un échange de paroles désagréables : Pierre ne peut plus être aimable avec sa mère et  cette dernière a peur de lui).

CHAPITRE VII

A leur retour de promenade, ils se retrouvent chez Jean dans son nouvel appartement. Il tient à leur faire découvrir les lieux qui ont été aménagés luxueusement. Tout le monde est émerveillé sauf Pierre qui ne décolère pas. Un peu plus tard, alors que le père Roland et Mme Rosémilly sont repartis, les deux frères se mettent à se disputer. Pierre annonce brutalement à Jean qui est son véritable père. Puis, il quitte les lieux. Abasourdi, Jean se rend dans la pièce où sa mère est restée ( elle a tout entendu). Celle-ci lui avoue qu'il est bien le fils de Maréchal et qu'elle a aimé cet homme pendant plus de dix ans. Honteuse, elle ajoute qu'elle va partir. Il le lui interdit et lui promet de la protéger, plus particulièrement de l'hostilité de Pierre. Elle rentre chez elle au milieu de la nuit.

CHAPITRE VIII

Jean cherche des solutions aux nouveaux problèmes auxquels il est confronté. Tout d'abord, il décide d'accepter l'héritage de Maréchal - qu'il avait envisagé de refuser - et de laisser l'intégralité de celui du père Roland (y compris sa part). Puis, il cherche un moyen d'éloigner Pierre et le trouve : à table, il évoque la possibilité d'embarquer sur un transatlantique pendant deux ans en tant que médecin. Le poste est bien rémunéré. Son aîné saisit l'occasion et décide de partir le mois suivant ( il doit auparavant être recommandé). Jean et sa mère rendent visite à Mme Rosémilly et le couple lui annonce leur mariage qui est prévu pour dans six semaines. La mère de Jean offre le médaillon de Maréchal à son fils.

CHAPITRE IX

Pierre a obtenu les recommandations nécessaires pour partir. Mélancolique, il se prépare au voyage. La date de son départ arrive, sa famille vient lui faire ses adieux dans sa cabine et embarque à bord de la barque de Roland pour accompagner le transatlantique lors de son départ. Pierre et sa mère sont tristes.

Sur le chemin du retour, la mère de Jean annonce à son mari qui Jean va épouser Mme Rosémilly. Il trouve que c'est une bonne idée.

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 08:09

la-bete-humaine.jpgRoman appartenant au mouvement naturaliste publié en 1890. C'est le 17ème volume du cycle des Rougon-Macquart, (qui en comprend 20).

 

  Les références aux pages sont celles de l'édition Folio.

 

 

 

 

CHAPITRE I (p. 27-p. 62)

Roubaud, sous-chef de gare au Havre, en déplacement à Paris est dans une chambre que lui prête la mère Victoire, près de la gare du quartier de l'Europe. Il attend sa jeune femme Séverine qui doit le rejoindre après avoir profité des magasins de la capitale.

Celle-ci finit par arriver et le couple se met à table, joyeux de se retrouver là. Roubaud explique que l'affaire quil'a conduit à Paris est réglée (une dispute avec le sous-préfet à propos d'une place dans un train). Il admet que c'est grâce à l'intervention de sa femme que tout s'est arrangé.

Alors qu'elle n'était qu'une enfant, Séverine a perdu sa mère, puis son père qui était le jardinier du président de la Compagnie de l'Ouest : Grandmorin. L'homme l'a adoptée et est subvenu à ses besoins jusqu'à ce qu'elle se marie, offrant une dot conséquente. Il lui a aussi promis la maison de la Croix-de-Maufras.

A la fin du repas, Roubaud demande à sa femme pourquoi elle a refusé d'aller passer une semaine chez Grandmorin alors que cela s'est déjà produit précédemment. Celle-ci reste évasive, plaidant simplement le manque d'envie de se séparer de son mari.

Grisé par le bon repas et le vin, Roubaud se rapproche de sa femme et se montre entreprenant. Celle-ci le repousse. Il se résigne. Machinalement, il joue avec une bague -un petit serpent- que sa femme porte.  Elle lui dit sans réfléchir que c'est un cadeau du président pour ses 16 ans. Roubaud ne comprend pas car elle lui a toujours dit que le bijou provenait de sa mère. Elle nie farouchement. Roubaud entre dans une terrible colère. Elle refuse de reconnaître qu'elle a menti. Fou de rage, il se met à la frapper pour obtenir la vérité. Elle finit par avouer que Grandmorin abuse d'elle depuis de longues années. Roubaud, après la colère, reste anéanti et se demande comment il va pouvoir se sortir d'une telle situation : il aime  sa femme mais ne peut tolérer une telle trahison.

Alors, il prend une décision qui terrifie sa femme : il décide de "crever"  le président. Il force sa femme à écrire à son tuteur le mot suivant : " Partez ce soir par l'express de six heures trente et ne vous montrez qu'à Rouen".

Roubaud et Séverine quittent la chambre et montent dans le train en direction du Havre.

CHAPITRE II

Jacques Lantier, conducteur de train, rend visite à sa marraine, tante Phasie. Celle-ci a épousé en secondes noces un garde-barrière : elle vit avec une de ses deux filles (Flore,18 ans) et cet homme, Misard. Elle est heureuse de retrouver Jacques et très rapidement elle lui confie les raisons de sa mauvaise santé : elle est persuadée que son mari essaye de la tuer à petit feu en l'empoisonnant, selon elle, il cherche à lui prendre une grosse somme d'argent qu'elle cache. Jacques est sceptique.

Après avoir dîné avec eux, Jacques décide d'aller marcher dans la campagne. Alors qu'il est entré dans le jardin de la maison abandonnée de la Croix-de-Maufras (celle du président de la compagnie), il découvre Flore qui est dans le jardin en train de récupérer des cordes. Ils se mettent à discuter et se rapprochent peu à peu. Une certaine complicité existe entre eux depuis de longues années. Flore a une personnalité assez particulière, refusant toutes les avances de ses soupirants. Mais ce soir-là, elle se laisse approcher par Jacques, elle se débat mais sans force. Soudain, il sent monter en lui une irrésistible envie de la tuer. Ce n'est pas la première fois qu'il est secoué par de telles pulsions : cela se produit à chaque fois qu'il approche une femme et qu'une relation sexuelle risque de se produire. Il prend la fuite et se met à errer dans la campagne pour réfléchir. Alors qu'un train sort du tunnel près duquel Jacques se trouve, il aperçoit à l'intérieur d'un wagon un homme qui en tient un autre et qui est en train de planter un couteau dans sa gorge. Il ne distingue pas les visages. Il rentre chez sa marraine. Misard arrive en déclarant qu'un corps est tombé du train. Les deux hommes se rendent sur les lieux. Misard part ensuite chercher de l'aide, Jacques est chargé de surveiller le corps. Flore, qui a entendu la conversation de sa chambre, arrive et retourne le cadavre : elle reconnaît le président de la compagnie de chemin de fer. Elle ne semble pas touchée par ce décès et se souvient de la réputation de Grandmorin : il collectionnait les conquêtes.

 

CHAPITRE III

Tôt le lendemain matin, une fois rentré au Havre, Roubaud reprend son service. Il est agité car il sait que la nouvelle de la mort du Président va tomber par dépêche. Il croise Mme Lebleu, sa voisine de palier puis écoute distraitement les consigne de Moulin : une voiture ( celle dans laquelle le crime a été commis ) doit rester à quai, en réserve. Puis, il erre, impatient, dans la gare. Ceux qui le croisent lui demande si son affaire avec le préfet s'est bien terminée et il leur répond que oui. Il rencontre ensuite Pecqueux, un conducteur de train ivrogne, coureur de femmes et mari de sa logeuse à Paris (Victoire). Ce dernier a aussi une maîtresse au Havre:  Philomène Sauvagnat, une femme facile et une grande commère. Elle est notamment l'amie de Mme Lebleu avec qui elle passe beaucoup de temps à médire sur les uns et les autres, et particulièrement sur les Roubaud. Ces médisances sont attisées par la peur de Mme Lebleu de perdre le logement qu'elle occupe sans le mériter, au profit des Roubaud.

Plus tard dans la matinée, un employé du télégraphe se présente : il annonce l'assassinat de Grandmorin. M. Dabadie, le chef de gare et M. Cauche, chargé de la sécurité en sont informés. Roubaud joue l'innocent et sa femme se montre très affectée. Ils vont observer la voiture restée à quai et découvre une grande tâche de sang. Tout à coup, le chef de gare se souvient que Roubaud est rentré avec ce train la veille. Il lui demande s'il a été témoin de quelque chose. L'autre affirme n'avoir rien vu. Le crime paraît mystérieux à tous jusqu'au moment où l'on se dit que quelqu'un a dû monter dans le wagon à Rouen. Séverine confirme de manière laconique toutes les affirmations de son mari. Puis, Jacques Lantier se rapproche du groupe et annonce qu'il a été témoin de la scène mais qu'il n'a vu que des silhouettes. 

 

CHAPITRE IV

M. Denizet, le juge d'instruction, sent la lourde responsabilité qui pèse sur lui : il est ambitieux et cherche à faire carrière, il doit aussi faire avec la pression exercée sur lui par le ministère dans cette affaire de meurtre. Il explore les différentes pistes sans parvenir à se déterminer.

Il convoque les Roubaud et Lantier pour un nouvel interrogatoire. Le couple est angoissé, d'autant que la nouvelle d'une future arrestation s'est répandue. Les Lachesnaye - couple formé par la fille de Grandmorin et son mari- doivent aussi être entendus. Ceux-ci sont très mécontents de la répartition de l'héritage telle qu'elle doit être faite car presque la moitié de l'argent de la famille va être donnée à d'autres, notamment à Séverine. Ils sont convaincus de sa culpabilité et le font savoir au juge qui se montre dérangé par cette piste.

Madame Bonnehon, la soeur de la victime, entre à son tour dans le cabinet du juge. Elle pense que les Roubaud sont innocents. Elle reconnaît cependant que son frère aimait la présence des jeunes filles. Il est fait allusion à l'incident qui a eu lieu entre Grandmorin et Louisette (la fille de Phasie). La rumeur accuse le président de l'avoir violée et d'avoir ainsi déclenché la fièvre qui a entraîné la mort de la jeune fille. Cette dernière était très liée avec un homme vivant seul dans la forêt, Cabuche. Madame Bonnehon admet que son frère l'a peut-être taquinée, mais rien d'autre.

Le juge interroge ensuite les Roubaud et Lantier. Il cherche à avoir des précisions sur l'aspect physique du suspect. Lantier comprend rapidement que les Roubaud sont coupables mais il les couvre, magnétisé par le regard que Séverine lui lance, fournissant des réponses évasives.

Le juge s'oriente alors vers une nouvelle piste : celle de Cabuche, l'homme de la forêt, dont le portrait semble correspondre au signalement des témoins. Ce dernier est amené par les gendarmes. Ses réponses franches déstabilisent le juge (il avoue qu'il aurait bien aimé  commettre le meurtre) mais son ancienne condamnation pour meurtre et sa vie de marginal jouent en sa défaveur. Il est le coupable idéal. Lantier ne peut affirmer au juge s'il l'a reconnu. L'interrogatoire s'arrête.

En sortant du cabinet du juge, Roubaud demande à Lantier d'être près de sa femme lorsqu'elle se rendra à Paris prochainement.

CHAPITRE V

Séverine arrive à Paris par le train que Jacques conduisait. Elle doit rendre visite à M. Camy-Lamotte, secrétaire général au ministère. Elle veut s'assurer de sa protection. Ce dernier perçoit rapidement la culpabilité des Roubaud et en détient même la preuve : le papier sur lequel Séverine a écrit le message de rendez-vous à Grandmorin a été retrouvé. Lorsque la jeune femme écrit quelques lignes dans le cabinet du fonctionnaire, ce dernier reconnaît facilement l'écriture. La jeune femme sort.

M. Camy-Lamotte consulte ensuite le juge sur l'affaire et il décide de protéger les Roubaud, influencé par l'aspect scandaleux  que l'affaire aurait si elle était révélée au grand jour. Il offre une promotion au juge pour que l'homme de loi aille dans son sens.

Dans la journée, Jacques et Séverine se retrouvent et marchent ensemble dans Paris. Une relation d'amitié naît peu à peu. Jacques déclare même son amour à la jeune femme mais celle-ci, surprise et apeurée le quitte car elle doit aller revoir le fonctionnaire du ministère pour savoir s'il a l'intention de la soutenir. Lorsqu'il la reçoit, il lui annonce effectivement que "l'affaire est arrangée". Séverine s'offre un bon repas au restaurant pour fêter la bonne nouvelle.

Pendant ce temps, Jacques est au dépôt, fier de sa machine. Pour lui, elle est comme un être vivant, il lui a d'ailleurs donné un nom : "la Lison". Le conducteur de la locomotive, Pecqueux, arrive. Comme d'habitude, il est éméché. mais Jacques s'en accomode. Il est souvent dans son état mais ils ont l'habitude de travailler ensemble et leur "ménage à trois" (composé des deux hommes et de la Lison) fonctionne bien.

En fin de journée, Séverine rentre au Havre dans la Lison conduite par Jacques et Pecqueux.

CHAPITRE VI

Un mois est passé. Le calme est revenu au sein du couple Roubaud. Pendant que le mari travaille, Séverine paresse dans leur petit appartement. L'argent volé lors du crime de Grandmorin est caché sous une latte du parquet. Roubaud s'est interdit d'y toucher car pour lui, c'est de l'argent sale.

Jacques Lantier est invité régulièrement à leur table à l'initiative de Roubaud, qui le force presque.

Un soir , Roubaud fait une scène de jalousie à sa femme quand il constate qu'elle est courtisée par Henri Dauvergne, le conducteur-chef. Celle-ci est pourtant totalement innocente. Mais la colère du mari va rapprocher Séverine et Jacques. Une grande complicité va se développer entre eux. Peu à peu, ils s'autorisent à s'embrasser mais il n'y a pas d'autre relation physique entre eux, Séverine y étant farouchement opposée. Ils se voient  aussi en cachette la nuit quand Roubaud travaille. Leur relation est de plus en plus tendre jusqu'au moment où, une nuit d'orage, Séverine se donne à Jacques dans l'entrepot. Ils se voient de plus en plus souvent sans que le mari ne semble s'inquiéter de quoi que ce soit ( ils se rencontrent désormais aussi dans l'appartement du couple). Roubaud est en fait absorber par le jeu, occupation qui semble absorber tout son temps et qui lui fait dépenser de grosses sommes d'argent. Séverine doit d'ailleurs contrôler ses dépenses. 

Les disputes viennent maintenant bouleverser l'équilibre du couple (au sujet de la maison héritée qu'ils n'arrivent pas à vendre par exemple). Et Séverine attend avec impatience le vendredi, jour qu'elle passe avec son amant à Paris. Roubaud est de plus plus absent.

Une nuit, alors qu'il est rentré encore plus tard que d'habitude, elle le surprend en train de soulever la latte de parquet pour prendre l'argent du crime. Celle-ci s'en étonne mais l'autre lui demande de le laisser tranquille insinuant qu'il a bien compris pourquoi elle se rendait toutes les semaines à Paris.

CHAPITRE VII

Ce vendredi-là, la neige a recouvert la Normandie. L'express Le Havre-Paris quitte la gare conduit par Jacques et Pecqueux. Séverine est parmi les voyageurs. Au début, la Lison est juste ralentie et parvient à avancer grâce à l'acharnement de Jacques qui reste très préoccupé par ces mauvaises conditions météorologiques. Mais la neige est de plus en plus abondante sur la voie et devient un véritable obstacle qui oblige la machine à s'arrêter. Elle repart peu après mais est de nouveau bloquée et s'arrête définitivement. On s'occupe d'aller chercher du secours mais Jacques estime qu'ils ne vont pas pouvoir repartir avant 4 ou 5 heures. Il voit arriver le long du talus Misard et Flore qui se sont déplacés après avoir entendu le signal de détresse émis par la locomotive. Flore reconnaît immédiatement Séverine qu'elle a pris l'habitude de voir passer dans le train conduit par Jacques tous les vendredis.

Séverine est invitée chez les Mizard à se réchauffer. Pendant ce temps, les hommes essaient de débloquer les voies. Plus tard, Jacques arrive à son tour chez Phasie. Il la trouve encore plus malade que la dernière fois. Elle lui annonce qu'elle sait maintenant comment son mari l'empoisonne par le sel, elle n'en reste pas moins très souffrante. Elle déclare que jamais personne ne retrouvera son argent. D'autres voyageurs sont accueillis dans la maison. Jacques et Séverine, croyant être restés seuls s'embrassent mais Flore les surprend et éprouve une vive colère.

Quelques heures plus tard, vers 6 heures, le train peut repartir et se met à foncer vers Rouen.

CHAPITRE VIII

Le train n'arrive qu'à Paris bien après 22h. Séverine envoie une dépêche à Roubaud pour le prévenir qu'elle n'arrivera au Havre que le lendemain soir par l'express. Elle est ravie de passer une nuit -la première- avec son amant à Paris. Ils se retrouvent dans l'appartement de la femme de Pecqueux que ce dernier leur prête. Réfugiés dans le petit logement, ils font l'amour et Séverine, envahie de bien-être se met à raconter à Jacques comment le meurtre du président s'est déroulé. Son amant est fasciné par ce récit et cherche à avoir des détails sur les sentiments de sa maîtresse au moment du crime.Lorsque Séverine s'endort, Jacques est pris d'un désir intense de tuer et il ne peut trouver le sommeil. Pour la protéger, il quitte l'appartement et part à la recherche d'une victime dans la rue pour assouvir ce besoin qui l'obsède. Il repère plusieurs femmes mais finalement, il ne passe pas à l'acte. Il finit par rentrer et il retrouve Séverine qui lui dit comme elle l'aime.

 

CHAPITRE IX

Roubaud perd de plus en plus d'argent en jouant et épuise la somme cachée sous la latte du parquet ( celle issue du crime). Séverine s'en aperçoit et éprouve une grande colère, elle fait une scène à son mari. Maintenant, Jacques et Séverine se voient assez librement.

Cependant, Jacques change et se montre de plus en plus distant avec sa maîtresse qui s'en inquiète et ne comprend pas du tout ce qui arrive. Un jour, Jacques lui annonce qu'un de ses anciens camarades d'école lui a fait une proposition : ce dernier doit partir pour New-York et il a besoin d'un associé mécanicien qui devra apporter une trentaine de mille francs. Jacques a refusé mais l'idée de cet exil fait rêver Séverine qui trouve une solution au problème de l'argent : il faut se débarrasser de Roubaud et ce projet deviendra réalisable ( elle vendra la maison de la Croix-de-Maufras et ils utiliseront l'argent pour partir). Les deux amants organisent son assassinat par Jacques mais au moment de passer à l'acte, il est paralysé et Roubaud poursuit tranquillement sa ronde de nuit dans la gare.

Les Roubaud déménagent pour occuper l'appartement qui leur était destiné initialement lors de la prise de fonction de Roubaud.

Les relations entre les deux amants sont maintenant plus gênées, le meurtre raté planant au-dessus d'eux.

CHAPITRE X

Tante Phasie est morte et Misard cherche avec acharnement l'argent qu'elle a laissé -sans le trouver. Flore a décidé de tuer les deux amants, obsédée par sa jalousie. Elle a l'idée de dégrader les voies pour provoquer le déraillement de l'express dans lequel ils se trouvent tous les vendredis. Mais au moment de passer à l'acte, elle rencontre Cabuche qui l'empêche de mettre en oeuvre son plan. Elle trouve une solution à la dernière minute en plaçant sur la voie les chevaux et leur carriole qui étaient avec Cabuche. Pour ce faire, elle fait s'éloigner le jeune homme en le poussant à se rendre au chevet de sa mère.

Le train qui arrive a vive allure percute violemment l'attelage et les dégâts sont effroyables : la Lison est broyée, il y a de nombreux morts et blessés. Cependant Séverine est sauve et lorsque Flore la voit, elle réalise toute l'horreur de son geste. Elle se met à chercher avec acharnement Jacques et finit par le sortir des décombres. Il est sans connaissance mais il vit. On le transporte dans la maison de Séverine.

Une enquête débute pour déterminer les causes de l'accident. Accablée par le poids de sa responsabilité et par l'échec de son projet, Flore met fin à ses jours en se jetant sous un train.

CHAPITRE XI

Séverine prend soin de Jacques et l'homme se rétablit peu à peu. Mais la jeune femme est angoissée sans savoir pourquoi, elle sent juste qu'un danger la menace. Ce danger, c'est l'envie envahissante de Jacques de la tuer. Et une nuit, ne pouvant plus contrôler ses pulsions, il passe à l'acte : il égorge sa maîtresse.

Cabuche qui se trouvait dans le jardin ( il rôde toujours près de Séverine car il est fasciné par la jeune femme) voit une silhouette s'enfuir et , pris de curiosité, il entre dans la maison. Il découvre le cadavre de Séverine qui baigne dans son sang et le prend dans ses bras. A ce moment, Roubaud, qui est arrivé par le train suite à un piège tendu par les deux amants qui voulaient définitivement se débarrasser de lui, entre dans la pièce, accompagné de Misard.

CHAPITRE XII

Jacques conduit maintenant une nouvelle machine. Cabuche a été arrêté et il est en même temps accusé du meurtre de grandmorin car on a retrouvé chez lui la montre du président ( il l'avait en fait dérobée dans les affaires de Séverine). Roubaud aussi est arrêté : il est soupçonné de s'être servi de Cabuche pour arriver à ses fins. Roubaud raconte la vérité : il a tué Grandmorin mais il n'est pour rien dans le meurtre de Séverine. Personne ne veut le croire. Monsieur Carry-Lamotte détruit la lettre de Séverine envoyée au président, ultime preuve de la culpabilité du couple.

Le procès a lieu et Roubaud et Cabuche sont tous deux condamnés aux travaux forcés à perpétuité. Philomène, la maîtresse du conducteur Pecqueux, tourne autour de Jacques. Ce dernier est repris par son besoin du tuer : passer à l'acte ne l'a pas guéri.

De son côté, Misard n'a toujours pas trouvé l'argent caché par Phasie. Il s'est marié, convoitant les biens de sa nouvelle femme.

Jacques et Pecqueux, ce dernier étant complètement ivre, prennent les commandes d'un train transportant des soldats vers le Rhin (la guerre entre la France et la Prusse vient d'être déclarée). Pecqueux n'en fait qu'à sa tête et les deux hommes en viennent aux mains et, dans leur bagarre, ils s'entraînent par dessus bord : "On les retrouva sans tête, sans pieds, deux troncs sanglants qui se serraient encore, comme pour s'étouffer". Le train s'enfonce dans la nuit à vive allure, sans conducteur...

Published by Everina - dans Romans du XIXème
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Profil

  • Everina
  • J'adore lire... Je dévore une soixantaine de livres par an, surtout des romans. Je lis des classiques français, des textes actuels et de la littérature anglo-saxonne.
J'aimerais partager mes coups de coeur, mes lectures du moment, mes résumés..
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La liste de Léo, 10 ans

ete-2009-257.jpgLéo est en CM2. Ce qu'il préfère lire, ce sont les ouvrages documentaires. Les techniques, il adore... Cependant, de temps en temps, il se plonge dans un roman. Ah oui,j'oubliais, il adore lire et relire les Tom Tom et Nana.


En ce moment son livre préféré, c'est Comprendre comment ça marche aux éditions  NATHAN.images-copie-2

Il a lu aussi un roman policier : Gare au carnage, Amédée Petipotage, écrit par Jean-Loup Crépeau.
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Petit roman portable de Rachel Hausfater et Yaël Hassan: C'est l'histoire -en quelques dizaines de pages- de Chloé qui perd son  portable. Quelqu'un le ramasse et nous voilà en train de suivre le parcours du téléphone...
Ce texte est un dialogue très rythmé entre différents personnages. Il est très facile à lire, le vocabulaire y est très actuel ( un peu comme le téléphone). Et il n'y a aucune description. Impossible de le lâcher avant que Chloé ait enfin retrouvé son objet préféré et indispensable... Lecture-plaisir garantie...
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En ce moment, il lit La Sixième de Suzie Morgenstern et c'est d'actualité car il ne reste que quelques mois avant de faire le grand saut...

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La liste de Roméo, 15 ans

Roméo vient d'eete-2009-137.jpgntrer en seconde en septembre. Ce n'est pas un gros bosseur mais il est passionné par le 7ème art. Alors, au lieu de lire, il préfère regarder des films. je peux vous dire qu'il en a vu! et qu'il en voit encore et encore... Son genre préféré, cest le film d'horreur, d'ailleurs, il adore aussi en tourner. Il imagine des scénarios terribles dans lesquels il met son entourage à contribution. Chacun des membres de la famille a droit à son rôle. Quant aux lieux de tournage... ils dépendent de l'endroit où on se trouve. En Bretagne, dans l'Aveyron, à la maison. Ses films, ou au moins leur bande-annonce sont en ligne...
Heureusement, depuis peu, il se tourne vers d'autres genres...


Bon de temps en temps, il est bien obligé de lire, au moins pour le cours de français.

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Récemment, il a bien aimé Le Joueur d'échec de S. Zweig.
Il adore Le portrait de Dorian Gray de Oscar Wilde. En plus, il a travaillé sur une adaptation cinématographique en classe...

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Actuellement, il lit ( de force, pour le lycée ) Les Souffrances du Jeune Werther de Goethe.

Oeuvre tout d'abord anonyme publiée en 1774 par un libraire en Allemagne. Ce récit par lettres fut un scandale, accusé de faire l'apologie du suicide.

Cela n'empêche par le succès du texte, en Allemagne d'abord puis au delà des frontières et Mme de Staël écrira que Werther a causé plus de suicides que la plus belle femme du monde...

Voir le résumé des toutes premières lettres...images-copie-45.jpg

 

Archives

La liste de Salomé, 16 mois...

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UN LIVRE A LIRE ET A CHANTER

"L'était une petite poule grise ...
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Mais aussi
Un petit livre cartonné...
"Oh! le petit chat!
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Bonjour, le petit chat!"



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Sans oublier

La Maison du Petit Chaperon rouge

(éd. Casterman)

"Dans la maison du petit chaperon rouge, le loup s'est déguisé en grand-mère, après l'avoir mangée..."

Des illustrations et un texte rigolos pour revisiter ce conte classique de Perrault.

animôme (l'école des loisirs)images-copie-44.jpg
"Moi c'est Gaston
le p'tit cochon
et j'ai la queue
en tire-bouchon
.
Plein de couleurs, un texte court de quatre vers associé à chaque dessin d'animal à la manière d'une comptine. L'ensemble est joyeux et chantant. Livre cartonné.
Salomé adore et nous le met souvent entre les mains...







ZOOM SUR... Mon coup de coeur

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images-copie-47.jpgLe mec de la tombe d'à côté
Roman suédois qui traduit en de nombreuses langues. C'est un grand succès, paraît-il ( source : les éditeurs ).
 Paru en 2009 chez Actes Sud. 7,5 euros. 253p.

En ce moment, je lis...


Gatsby le Magnifique

F. Scott Fitzgeraldimages-copie-41.jpg

Que lire au lycée?

Que lire quand on est élève de lycée?
Pas facile  de choisir un livre qui soit sympa et qui permette en même temps de se constituer une petite culture littéraire pour réussir les épreuves du bac.

Voici quelques idées de lectures... réparties en trois catégories :
- pour les "picoreurs",
- pour les "appétits modérés",
- pour les "boulimiques"...